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    Dossier biographique: Tarantino Quentin

    Life is a Pulp Fiction ! Quentin Tarantino face à l’absurdité de la Vie

    Jean-Philippe Costes

     

    Mia (Uma Thurman) est à l’agonie. L’épouse du caïd de la Pègre Marsellus Wallace (Ving Rhames) est victime d’une overdose. Le sang coule à flots de ses narines irritées par la cocaïne. Si elle venait à mourir, Vincent Vega (John Travolta) le paierait de sa vie. L’homme de main le sait avec certitude. Il avait pour mission de protéger la jeune femme coûte que coûte. Effrayé, il emmène précipitamment sa patronne moribonde chez son revendeur de drogue. Ce dernier l’informe qu’il faut procéder, de toute urgence, à une injection d’adrénaline. Qui aura le redoutable privilège d’effectuer cette opération de la dernière chance ? Comme le dealer brille par sa lâcheté, le tueur à gage se dévoue. Il brandit fébrilement la seringue fatidique et, avec l’énergie du pur désespéré, la plante en plein cœur de la créature sur laquelle il avait ordre de veiller. Mia revient brusquement du royaume des trépassés. Elle observe, horrifiée, l’immense aiguille qu’on lui a enfoncée dans la poitrine.

    Messieurs White (Harvey Keitel), Blonde (Michael Madsen), Pink (Steve Buscemi), Orange (Tim Roth) et Blue (Eddie Bunker), gangsters distingués, devisent doctement à la table d’un restaurant. Leur compère, Monsieur Brown (Quentin Tarantino), prend la parole. Il a une théorie pénétrante sur ce classique de la musique contemporaine qu’est Like a Virgin. Pour le philosophe des bas-fonds, la chanson de la poétesse Madonna ne décrit aucunement les états d’âme de quelque vestale confrontée à sa toute première expérience sexuelle. Elle dépeint au contraire les sensations d’une nymphomane qui, dans les bras d’un individu au phallus hypertrophié, redécouvre les souffrances physiques de la vierge qu’elle fut jadis. L’assistance applaudit. Elle est impressionnée par cette réflexion décisive sur l’Art moderne.

     Louis Gara (Robert de Niro) cherche vainement sa voiture sur le vaste parking d’un centre commercial. L’ancien truand de haut vol, avili par un long séjour en prison, ne sait plus à quel endroit il a garé son véhicule. Mélanie (Bridget Fonda), sa complice en minijupe, ne tarit pas de critiques à son égard. Elle lui fait remarquer, avec insistance, qu’il n’est décidément plus l’homme qu’il était. Elle le harcèle, l’accable, le ridiculise à plaisir. Louis craque. Il dégaine son pistolet et, sans autre forme de procès, vide son chargeur sur l’importune.

     Reservoir Dogs

    Au regard de ces séquences extraites de Pulp Fiction, Reservoir Dogs et Jackie Brown, le sens commun ne peut que rendre un verdict sans appel : Quentin Tarantino est un apôtre pitoyable de la trivialité, de la violence et par-dessus tout, de la gratuité. Que signifient donc ces scènes qui rivalisent de bêtise, de barbarie et d’obscénité ? « Rien » semble être la réponse la plus appropriée. Le bon sens, néanmoins, peut s’éloigner sans le savoir des sentiers rectilignes de la Raison. Il devient parfois le vecteur privilégié du contresens. Le non-sens, que chacun s’en persuade, n’est pas l’absence de sens. Il ne désigne pas nécessairement un vide condamnable par essence. Certes, il lui arrive de confiner au Nihilisme. Les bailleurs de fonds du Cinéma exclusivement commercial ne le nieront pas. Ces exploiteurs de l’indignité ordinaire emplissent en effet leurs caisses en faisant commerce de la béance intellectuelle. La vacuité, cependant, peut déborder d’implications déterminantes. L’œuvre controversée de Quentin Tarantino en administre la preuve éclatante. Sous le masque disgracieux du clown trash, le réalisateur Américain porte ainsi la parole de penseurs de premier plan. Il n’est pas de ces metteurs en scène de peu d’envergure qui filment pour ne rien dire. Il est en vérité le prophète, le vulgarisateur dévoué de Martin Heidegger et de tous ceux qui, dans le sillage des théoriciens Existentialistes, ont fait vœu d’envoyer ce message cinglant à la face de l’Humanité : la Vie est fondamentalement absurde.

    Qu’entend ici l’impétueux cinéaste qui, au beau milieu des salles feutrées du Festival de Cannes, n’hésita pas à faire un doigt d’honneur à une spectatrice qui brocardait sa dernière production ? Notre présence sur Terre n’a aucune justification. L’Etre humain n’a pas de racines célestes. Il ne suit nullement un itinéraire prédéterminé. Comme l’enseignait Jean-Paul Sartre, il est délaissé par un Dieu qui ne relève que de l’imagination. La Transcendance et les arrêts du grand Tribunal de la Providence ne seraient ainsi que des ombres dans la caverne de nos illusions. Tout, ici-bas, serait tributaire du Hasard. Un épisode de Pulp Fiction étaye à merveille ces idées à la fois effrayantes et fascinantes. Butch Coolidge (Bruce Willis), boxeur professionnel qui traverse le film comme un logicien égaré au pays de l’excentricité, possède une montre à laquelle il est particulièrement attaché. Le précieux objet appartenait à feu son père. Ce dernier, ancien prisonnier de guerre au Vietnam, l’avait caché à ses geôliers en l’avalant et en le déféquant d’un bout à l’autre de sa détention. Un jour, l’héritier du trésor si chèrement conservé est amené à fuir son domicile. Il veut semer des repris de Justice qui ont juré sa perte. Fabienne (Maria de Medeiros), sa compagne et accessoirement, sa préposée aux bagages, oublie hélas d’emporter le bijou de famille. Résolu à ne pas l’abandonner, Butch regagne sa demeure. Ce retour en arrière, totalement irrationnel tant il est périlleux, le conduit à surprendre Vincent Vega dans les commodités de son appartement. L’insensé abat froidement le spadassin qui l’attendait chez lui pour l’assassiner. La morale de la fable sanglante est dépourvue d’équivoque : le cheminement de l’Homme est une oscillation arbitraire entre la Vie et la Mort, une succession démentielle de coïncidences et d’invraisemblances sur laquelle la volonté divine, comme la Raison, n’a aucune prise. Monsieur Orange saisit la tragique pertinence de ces mots dans Reservoir Dogs, huis-clos Sartrien dont les protagonistes ont les mains sales jusqu’à la nausée. Le ténébreux personnage est ce que l’on appelle vulgairement une « taupe ». C’est un policier qui s’est infiltré dans le Milieu afin de mettre messieurs White, Blonde, Pink, Blue et Brown sous les verrous. L’agent double prend part au braquage organisé par le gang haut en couleur. Il est si crédible, dans son rôle de bandit, qu’une femme qui passait fortuitement sur les lieux du forfait lui tire une balle de revolver dans le ventre. Ce qui ne devait pas arriver s’est produit. Un innocent a été grièvement touché. Comble de l’ironie, sa blessure le rend irrémédiablement sympathique aux yeux de White. Celui-ci, convaincu de sa loyauté, le protège férocement contre tous ceux qui le soupçonnent d’être un avatar de Iago. Le destin de Shoshanna Dreyfus (Mélanie Laurent) est toutefois plus édifiant encore. L’héroïne d’Inglorious Basterds est une jeune Israélite qui se cache, tant bien que mal, dans la France occupée par les troupes du IIIè Reich. Par chance, elle échappe à Hans Landa (Christoph Waltz), officier S.S. qui a fait serment de traquer les derniers Juifs d’Europe. Par chance, elle hérite du cinéma qu’une tante récemment décédée possédait à Paris. Par chance, Fredrick Zoller (Daniel Brühl), un tireur d’élite devenu la mascotte de la Wehrmacht, tombe sous son charme félin. Le militaire aux innombrables décorations obtient, de Joseph Goebbels (Sylvester Groth) en personne, que le film retraçant ses exploits martiaux soit projeté, en avant-première, dans la salle de sa bien-aimée[1]. Par chance, Shoshanna va pouvoir venger sa famille déportée et son peuple décimé. Elle bloquera les portes de son établissement et déclenchera un incendie qui emportera les dignitaires Nazis conviés à la soirée. Par malchance, les Services secrets Alliés ont cependant une idée semblable à la sienne. Comme elle, ils veulent mettre à profit la diffusion du long-métrage de propagande pour décapiter l’Aigle Germanique. L’attentat suicidaire de la rescapée de la Shoah sera donc inutile. Une belle âme sera sacrifiée en pure perte. Fortune ou infortune, la quintessence de la condition humaine est tout entière dans cette alternative qui nous rappelle, entre stupeur et consternation, que la Vie est irréparablement aléatoire.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pulp Fiction

    Pour que s’ancre dans les esprits ce drame fondateur de l’Existence, variation laïque du « Tout est vanité » de l’Ecclésiaste, Quentin Tarantino recourt à un procédé qui a notablement concouru à la singularité de son style. Il fait fi de la linéarité des récits traditionnels et fragmente l’action. Celle-ci s’apparente à un canevas inextricable de trajectoires individuelles. Sous l’influence des flash-back, des digressions et des parenthèses narratives, elle devient un puzzle impossible à recomposer. Le phénomène récurrent nous envoie ainsi un message subliminal : l’Histoire de l’Homme est un livre indéchiffrable, un agglomérat de chapitres qui s’écrivent à la plume du Chaos et non, sous la dictée de quelque auteur omnipotent[2].

     Dieu est, une fois encore, directement visé. Tarantino ne Le prend pas pour cible comme le ferait un anticlérical primaire. Son objectif n’est pas l’irrévérence pour l’irrévérence, l’insoumission pour l’insoumission, le rejet du Sacré par simple goût du Profane. Ce qu’il désire, en son for intérieur, c’est braquer les projecteurs sur le gouffre existentiel au fond duquel nous marchons. Le cas de Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) est, à cet égard, extrêmement révélateur. Le tueur à gage de Pulp Fiction se différencie de ses sinistres confrères par sa propension, à mi-chemin de l’ésotérisme et de la provocation, à réciter un passage de l’Ancien Testament avant d’exécuter ses contrats[3]. Est-il foudroyé par un ange exterminateur pour avoir blasphémé, assassiné et ainsi, violé deux des Dix Commandements de Yahvé ? Non seulement il poursuit paisiblement son exécrable carrière mais de surcroît, il échappe à la Mort comme par enchantement. Un ennemi enragé fait feu sur lui à trois mètres de distance, sans pour autant parvenir à le toucher. Cet « anti miracle », qui plonge le Spectateur dans un mélange nauséeux d’hilarité, d’effarement et d’indignation, scelle le tombeau de la Foi. Il ôte tout crédit aux concepts de Providence et de Justice divine. Il crie, aux oreilles des crédules, que l’Homme est livré aux forces de l’Absurdité triomphante.

    Nous sommes d’autant plus soumis à cette inanité générale, renchérit Tarantino avec son alacrité d’enfant terrible du Cinéma, que nous menons une vie désespérément illogique. A priori, notre existence n’est pas dépourvue de sens. Nous nous réveillons chaque matin, nous respirons et nous agissons dans un but précis : nous conserver[4]. L’Etre entend persévérer dans l’Etre, selon la formule d’Arthur Schopenhauer. Across 110th Street, la chanson qui constitue la bande originale de Jackie Brown, le réaffirme avec force[5].

    I was the third brother of five / Je suis le troisième d’une famille de cinq

    Doing whatever I had to do to survive / J’ai fait ce que j’avais à faire pour rester en vie

    I’m not saying what I did was alright / Je ne prétends pas n’avoir fait que du bien

    Trying to break out of the ghetto was a day today fight / Sortir du ghetto fut un combat quotidien

    Been down so long, getting up didn’t cross my mind / J’ai touché le fond si longtemps que l’idée de me relever ne m’avait pas traversé

    I knew there was a better way of life that I was just trying to find / Mais j’ai appris qu’il existait une vie meilleure et j’ai tenté de la trouver

    You don’t know what you’ll do until you’re put in the pressure / On ne sait pas ce qu’on est capable de faire tant qu’on n’est pas sous pression

    Across 110th Street is a hell of a tester / Dans la 110è rue, c’est l’enfer pour celui qui apprend cette leçon.

     

               

     

      

     

     

     

     

     

     

    Jackie Brown

    La poésie rugueuse et néanmoins explicite de Bobby Womack, auteur, compositeur et interprète de ce standard de la Musique Noire des années 1970, fait plus que nous rappeler que vivre est notre priorité absolue[6]. Les strophes enflammées révèlent une vérité supplémentaire : survivre est un combat. L’argent est naturellement le nerf de cette guerre quotidienne. Il faut en avoir pour être. En avoir davantage, c’est par ailleurs se donner la chance d’être mieux. Les personnages de Quentin Tarantino appliquent scrupuleusement ces principes existentiels. Les malfrats de Reservoir Dogs vouent ainsi un culte au Dollar[7]. Ils croient fermement que ce dieu païen leur permettra de couler des jours tranquilles et nombreux sous le ciel édénique de la prospérité. Telle est la raison pour laquelle ils ne rechignent pas à enfreindre la Loi et à s’approprier le bien d’autrui. A leurs yeux aveuglés par la fureur de vivre, tous les moyens sont bons pour repousser le spectre de leur fin. Butch Coolidge, individu emblématique s’il en est, obéit à des motivations analogues. Le « poids moyen » de Pulp Fiction accepte, en échange d’une substantielle récompense accordée par le mafioso Marsellus Wallace, de perdre son tout dernier match de boxe. Parallèlement, il trahit son commanditaire en pariant secrètement sur sa propre victoire. Il ne se couchera pas. Il battra son adversaire sans coup férir, afin d’encaisser le plus d’argent possible[8]. Les représailles du Syndicat du Crime l’indiffèrent. Seule lui importe la perspective, délicieusement revigorante, de se mettre définitivement à l’abri du besoin. Pour atteindre cet objectif suprême, il est prêt à affronter tous les périls.

    L’insigne absurdité de la condition humaine transparaît dans ces mots de défi : la Vie, folle déchaînée que nulle camisole ne saurait entraver, est un combat mortel ; elle est à ce point insensée qu’elle embrasse constamment la Mort. Kill Bill porte la marque indélébile de ce paradoxe désarmant. Le film, artificiellement découpé en deux « volumes » pour contenter des distributeurs peu enclins à diffuser des œuvres de plus de trois heures, raconte l’histoire d’une vengeance acharnée. Beatrix Kiddo (Uma Thurman), son héroïne, devait se marier dans une bourgade reculée du Sud des Etats-Unis. Elle voulait ensevelir son lourd passé d’assassin professionnel dans les sables du désert et se métamorphoser, louable rédemption, en une citoyenne au-dessus de tout soupçon. Bill (David Carradine), le triste matamore qui fut à la fois son amant et le chef de son organisation criminelle, refuse néanmoins sa soudaine défection. Il la traque, la retrouve et mitraille les personnes conviées à ses noces. Laissée pour morte, Beatrix renaît à la Vie après un long coma. Elle décide de redevenir « Black Mamba », la faucheuse impitoyable qu’elle était jadis. Le Talion, à présent, est son seul horizon. Il lui faut tuer Bill et sa clique de coupe-jarrets pour apaiser sa colère et, pour paraphraser Shakespeare, continuer à ramper entre ciel et terre. Cette intrigue, volontairement indigente, ne nous renseigne pas seulement sur la cruelle pauvreté de nos mobiles. Elle met également en évidence l’une de nos plus terribles contradictions : nous sommes ainsi faits qu’en bien des occasions, nous construisons notre existence en détruisant celle des autres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Inglorious Basterds

    En bon contempteur de l’absurdité collective, Quentin Tarantino tire toutes les conséquences de notre illogisme naturel. Non content d’être capable de donner la Mort pour vivre, suggère le cinéaste en maniant la redondance comme un moraliste malicieux, l’Homme n’hésite pas à risquer sa vie pour survivre. Le groupe de voleurs qui sévit dans Reservoir Dogs en témoigne. Pour une poignée de bijoux, ses membres acceptent l’augure d’affronter le feu nourri de la Police[9]. Jules Winnfield et Vincent Vega ont choisi une façon tout aussi déroutante de subsister. Les deux fossoyeurs de Pulp Fiction font en effet profession d’exécuter les ennemis de leur chef et subséquemment, de s’exposer aux balles des malfaiteurs les plus dangereux[10]. Ce non-sens prend valeur d’axiome dans Jackie Brown. Il est ainsi quelque chose de paroxystique et par là même, d’exemplaire, dans ce film noir d’excellente facture[11]. Son héroïne éponyme est hôtesse de l’air. Elle est hantée par le désir de dépasser sa modeste condition. Pour réaliser ses projets, elle n’emprunte pas les voies légales du « Rêve Américain ». Elle profite de ses vols réguliers entre les Etats-Unis et le Mexique pour transporter les fonds clandestins d’un truand notoire, Ordell Robbie (Samuel L. Jackson). Elle consent donc à risquer une longue réclusion à l’ombre d’une cellule pénitentiaire pour gagner sa place au soleil. Pire, elle brave sciemment la Mort en entreprenant de faire main basse sur l’argent de son redoutable associé. Ce dernier est, lui aussi, un fervent adepte de la contradiction. Que fait-il pour s’offrir une retraite paradisiaque sous les tropiques ? Il se fourvoie dans l’enfer du trafic d’armes[12]. Il se place, sans que nul ne l’ait contraint, entre le marteau de ses concurrents et l’enclume des Autorités. Ordell Robbie et Jackie Brown ont bien entendu vocation à s’affronter. Le premier tentera de supprimer la seconde tandis que la seconde, plus faible mais plus rusée, essaiera d’attirer le premier dans les filets fatals de la Police. Pour ces carnassiers à la crinière de fauve, il est inconcevable de partager à deux un seul et unique espace vital. Ecce homo, semblent-ils nous grogner en combattant dans la jungle de leurs turpitudes. Le destin des hommes, incompréhensible malédiction, est de s’entretuer pour continuer à exister[13].

    A la lumière de ces sombres itinéraires, une figure de style chère au cœur de Tarantino prend tout son sens : le « Braquage à la Mexicaine »[14]. En maintes occasions, le réalisateur Américain met en scène ce spectacle aux confins de l’horrible et du navrant. Le procédé est aussi simple que révélateur. A met en joue B, qui met en joue C qui lui-même, met en joue A. Une étincelle suffit pour mettre le feu aux poudres et provoquer l’extinction réciproque de toutes les parties en présence. Le triangle infernal dessine ses contours maudits dans Pulp Fiction, lorsque Jules Winnfield est confronté à Pumpkin et Honey Bunny (Tim Roth et Amanda Plummer), deux délinquants en herbe qui lui réclament imprudemment son portefeuille. Il se précise dans Inglorious Basterds, quand une auberge Française est le théâtre d’un face-à-face glacial entre des militaires Nazis et un détachement de tueurs à la solde des Alliés. Il affirme son essence cataclysmique au moment où Monsieur White, inconscient de défendre un traître, résout de protéger à tout prix Monsieur Orange des foudres de Cabot père et fils (Lawrence Tierney et Chris Penn), les cerveaux du braquage sanglant de Reservoir Dogs. Quel que soit le terrain sur lequel il se déroule, le jeu de dupes a un résultat invariable. Il est à somme nulle[15]. Ses participants ne sauraient l’ignorer. Ils sont conscients d’être condamnés au néant. Cependant, ils ne peuvent s’empêcher de tenter leur chance. Un mystérieux tropisme les pousse inexorablement vers l’abîme[16]. En ce sens, le « Mexican Standoff » apparaît comme une extraordinaire allégorie. Il fait tenir en une seule image l’immensité de notre misère existentielle.

     

     

     

     

     

      

     

     

     

    Kill Bill

    Un seul adjectif vient à l’esprit pour qualifier cette vie absurde au sens Sartrien comme au sens strict du terme : dérisoire. Prenant acte de cet état de fait, Quentin Tarantino choisit de traiter le monde par la dérision. Le mot acquiert avec lui une intensité particulière. Il se mue en un credo philosophique où le désespoir légitime la rage, le dédain et l’acidité la plus corrosive. Puisque tout est dénué de signification et de cohérence, rien ne saurait être pris au sérieux. Chaque chose est prétexte à la raillerie et à la désacralisation[17]. Le moteur de cette vaste entreprise de démolition est le décalage. Il consiste à associer un événement tragique à un paramètre qui le vide de toute intensité dramatique. Un exemple des plus convaincants nous est donné dans Reservoir Dogs. Ainsi, Monsieur Blonde capture un policier et le soumet à la Question pour savoir qui, au sein de son gang, est le Judas qui renseigne les forces de l’ordre. L’inquisiteur mafieux torture l’agent sans la moindre pitié. Il le roue de coups, lui lacère le visage, lui coupe une oreille et menace de le brûler vif. Néanmoins, il accomplit son terrible office en improvisant une danse improbable sur de la « musique pop ». Cette conduite éminemment déconcertante a une conséquence immédiate. Elle transforme une boucherie abjecte en une sinistre bouffonnerie. Les cas similaires sont innombrables, dans l’œuvre en clair-obscur de Tarantino. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer les propos surréalistes qu’ont coutume d’échanger Jules Winnfield et Vincent Vega, les chevaliers à la triste figure de Pulp Fiction, avant d’abattre leurs ennemis[18]. Leurs dialogues invraisemblables sont, à l’image des conversations sidérantes de leurs cousins cinématographiques, les fidèles reflets des projets subversifs de leur créateur : user de tous les catalyseurs possibles pour précipiter le discrédit de l’existence humaine.

    Cette hilarité, qui voisine en permanence avec l’effroi, est logiquement prolongée par la démythification des héros. Les demi-dieux ne sauraient exister dans un monde aussi absurde que le nôtre, tonne le bouillant Tarantino en foudroyant avec rage et constance la crédibilité de ses personnages[20]. Ces derniers rivalisent généralement de ridicule et de médiocrité. Aldo l’Apache et ses hommes se définissent ainsi comme des « bâtards sans gloire ». Ce sont des psychopathes qui profitent de la guerre pour laisser libre cours à leur cruauté indicible. Budd (Michael Madsen), frère cadet et bras droit de Bill, l’homme que Black Mamba a promis de supprimer, est un alcoolique adipeux qui se fait régulièrement humilier par le gérant de la discothèque dans laquelle il travaille[21]. Louis Gara et Mélanie, séides d’Ordell Robbie et adversaires de Jackie Brown, sont deux imbéciles qui consacrent l’essentiel de leur temps à se droguer et à regarder des programmes ineptes à la télévision. Les gangsters de Reservoir Dogs ne sont, en définitive, que de vieux marmots écervelés. Joe Cabot, leur chef, les traite d’ailleurs à la façon d’un instituteur. Il leur expose le plan du hold-up qu’il a conçu sur un vulgaire tableau noir. Quand l’un de ses élèves se plaint, il le rabroue comme un cancre[22]. La désacralisation atteint toutefois son apogée dans Pulp Fiction. Marsellus Wallace, l’Empereur du Crime, est ainsi fait prisonnier par deux homosexuels férus de sado-masochisme. Ce symbole absolu de la force virile est sauvagement sodomisé dans une cave transformée en palais du fétichisme.

     

     

     

     

     

      

      

    Reservoir Dogs

    Dans l’œuvre originale et anticonformiste de Quentin Tarantino, tous les instruments du Septième Art sont mis au service de ce jeu de massacre. Le langage ne déroge pas à la règle. S’il est invariablement vulgaire, il n’a pas la gratuité que lui reprochent les thuriféraires du Politiquement Correct. Sa crudité vise à souligner l’avilissement des humains ordinaires. La grossièreté proverbiale de Jules Winnfield, de Vincent Vega, d’Ordell Robbie, des militaires hydrocéphales d’Inglorious Basterds ou encore, des pistoleros de Reservoir Dogs, prend dès lors une valeur aussi méconnue qu’inestimable. Elle devient un poème à la désespérance, une ode au pessimisme, un hymne affligé à la déchéance commune. Les spectateurs les plus attentifs ne manqueront pas d’observer que les dialogues de Kill Bill sont moins triviaux. Ils remarqueront même que les protagonistes du film affectionnent les phrases sentencieuses. Ce curieux attrait pour la solennité ne consacre cependant pas un changement de paradigme. Il apparaît au contraire comme l’excroissance d’un procédé lexical qui, des paroles ordurières à la gravité exagérée des mots, poursuit un objectif immuable : frapper d’insignifiance tous les acteurs de la Vie.

    Ce mélange sémantique, qui déstructure la syntaxe pour procurer au Public un sentiment de confusion et d’abaissement, a pour corollaire un véritable Babel pictural. Quentin Tarantino entremêle ainsi les genres cinématographiques. Inglorious Basterds est l’exemple le plus marquant de cette volonté de tordre les codes pour en extraire la quintessence de l’absurdité universelle. En apparence, le récit de l’existence mouvementée de Shoshanna Dreyfus a pour cadre un film de guerre traditionnel. Le long-métrage manifeste cependant son originalité dès sa séquence d’ouverture. Cette dernière, consacrée à la visite que rend l’ignoble Hans Landa à un homme qui cache des enfants Juifs dans son chalet, est en effet conçue comme un western de Sergio Leone. Elle reprend les cadrages, les décors ruraux, la tension nerveuse et la violence qui firent la notoriété du Maître Italien. Les conventions du grand écran vacillent sous le choc de cet emprunt. Elles s’effondrent quand, coup sur coup, des fusillades infernales concluent des poursuites impitoyables, des messages d’information s’impriment sur l’image pour désigner les hauts fonctionnaires Nazis, des héros décadents se livrent à toutes sortes de facéties et des caméras indiscrètes s’immiscent dans le pantalon des saboteurs pour montrer, par transparence, les bâtons de dynamite qui sont attachés à leurs mollets : l’Action à l’état brut, le Cartoon de Tex Avery et le Burlesque le plus débridé s’invitent sans vergogne à la table de Walsh, d’Aldrich et de Guillermin, ils la renversent comme des soudards et diffusent, dans nos esprits enfiévrés, une intense sensation de malaise.

     

     

     

     

     

     

     

    Jackie Brown

    Le décalage est à son comble. Il est suffisamment étayé pour porter l’écrasante idée selon laquelle le fardeau de la dérision pèse sur toutes les choses de ce monde. Tarantino le dote néanmoins d’un dernier pilier. Cet ultime soutènement, caractéristique d’un style voué à la désillusion métaphysique, a pour appellation familière le Kitsch. Il repose d’abord sur une esthétique ouvertement rétrograde, dont Black Mamba et ses survêtements de l’âge Hippie sont indéniablement les meilleures vitrines. Cet art du mauvais goût s’appuie parallèlement sur des comédiens de second ordre. Pam Grier, l’interprète de Jackie Brown, fut ainsi une actrice de série B. Elle se distingua, s’il est permis d’employer si noble tournure pour des productions à ce point médiocres, dans les (trop) longs-métrages de Roger Corman et dans les fadaises de la Blacksploitation, courant extravagant du Cinéma qui prétendait glorifier la communauté Afro-Américaine[23]. Robert Forster, l’homme qui donne la réplique à cette héroïne de la Culture Underground, fut quant à lui un acteur de série Z[24]. Après de prometteuses apparitions dans Justine et Reflets dans un œil d’or (Reflections in a Golden Eye), œuvres de premier plan conçues par George Cukor et John Huston, il se fourvoya dans L’incroyable alligator (Alligator) de Lewis Teague, dans Maniac Cop III de William Lustig et dans toutes sortes de films heureusement tombés dans l’oubli[25]. Avec cet ambassadeur du Grand-Guignol et ses multiples partenaires, Quentin Tarantino enterre un peu plus les notions de Sens et de Sérieux. Les funérailles qu’il orchestre avec une maestria teintée d’ironie sont, décalage oblige, accompagnées d’une musique d’un autre temps. Les chansons de Gerry Rafferty, d’Al Green ou encore, des Delfonics, rythment ainsi Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Jackie Brown. Elles changent brutalement les salles de Cinéma en cathédrales et font retentir, dans un concert étourdissant, le requiem de la Foi, de la Raison et de l’idée même de croyance.

     Ces assauts, concentrés sur tout ce qui est susceptible de donner une signification à l’Existence, ne laissent que peu d’espoirs de réplique aux optimistes, aux humanistes et plus généralement, aux êtres qui ne peuvent se résigner à faire le deuil de leurs dogmes. Tarantino enfonce définitivement leurs lignes de défense en utilisant son arme de dérision massive : l’outrance. Pour mettre en scène son crépuscule des mythes, le cinéaste à la vigueur Wagnérienne se défie ostensiblement de la Réalité. Il en ignore les canons, afin d’abattre les vestiges d’une rationalité dont il conteste la prétention à orienter l’Homme. Kill Bill fournit un bon exemple de cette stratégie qu’il serait inopportun de réduire à quelque vaine fantaisie. Le scénario du film est en effet placé sous le signe de la plus pure invraisemblance. Il n’est qu’une accumulation de personnages caricaturaux et de situations si improbables qu’elles prêteraient à rire, si l’esprit avisé ne discernait en elles un désir féroce de déconsidérer notre soi-disant dignité[26]. Le sommet de l’irrévérence et de l’excentricité est toutefois atteint dans Inglorious Basterds. Que fait ainsi le turbulent Tarantino tout au long de cette œuvre à nulle autre pareille ? Il détourne la seconde guerre mondiale et la Shoah, deux des épisodes les plus sacrés de l’Histoire. Il relate, avec une audace qui vaudrait à beaucoup la mise à l’index, les aventures fantasmagoriques d’un commando d’opérette qui parvient à tuer Hitler et son entourage dans un cinéma de Paris. La méthode et les intentions de l’auteur apparaissent clairement en filigrane de ce pastiche. Elles trouvent une synthèse idéale dans un proverbe bien connu : « Tout ce qui est excessif est dérisoire ».

     

     

     

     

     

     

     

    Pulp Fiction

    Fort de ce principe, Quentin Tarantino mène son projet artistique et philosophique jusqu’à son terme. Sur le champ fertile de son irréalisme militant, il cultive la violence la plus exacerbée. Cette fureur effarante émaille Reservoir Dogs et Pulp Fiction de scènes particulièrement cruelles et sanglantes. Elle fait de Kill Bill un « massacre à la tronçonneuse », dans lequel le sabre de samouraï aurait remplacé la scie à chaîne coupante[27]. Elle change Inglorious Basterds en une boucherie indescriptible où les responsables Nazis sont criblés de balles, déchiquetés à l’explosif et finalement, carbonisés dans un incendie. Le mot « dérision », qu’on se le dise, ne s’écrit jamais aussi bien qu’à l’encre rouge de l’hémoglobine.

    La vertigineuse montée aux extrêmes n’est certes pas dénuée d’inconvénients. Elle donne en effet naissance à des films de plus en plus indigestes. Cette pente glissante explique probablement les longs silences créatifs de Quentin Tarantino comme la baisse, relative et néanmoins régulière, de la qualité de ses travaux[28]. Le parti pris narratif du réalisateur conserve malgré tout une cohérence incontestable. Le fait de hurler modifie-t-il la substance d’un discours ? Il rend la parole plus pénible à entendre, mais il ne diminue en aucun cas sa portée. « La Vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien » disait Macbeth. « Life is a Pulp Fiction ! » reprend Tarantino avec sa fougue de Shakespeare survolté. C’est un mauvais feuilleton, un minable roman imprimé sur du papier de piètre qualité.



    [1] Rappelons que Joseph Goebbels fut le Ministre de l’Information et de la Propagande de Hitler. A ce titre, il dominait la vie culturelle de l’Allemagne Nazie.

    [2] Ce propos ambitieux montre l’envergure intellectuelle et artistique de Quentin Tarantino. Contrairement à bon nombre de ses confrères, le réalisateur Américain ne déconstruit pas pour rehausser artificiellement des scenarii de bas niveau. Il met opportunément une forme narrative au service d’une idée de fond.

    [3] Le sulfureux personnage déclame un passage du livre d’Ezéchiel. Ses références (paragraphe 25, verset 10) sont d’ailleurs inexactes. Tarantino a-t-il commis une erreur en écrivant le scénario du film ou bien, s’est-il « sciemment trompé » pour se moquer de la Religion Judéo-Chrétienne ? Dieu seul le sait…

    [4] L’instinct de conservation, disait Hobbes, est la première de toutes les passions humaines.

    [5] Preuve de l’importance que revêt cette idée aux yeux de Tarantino, la chanson est intégralement diffusée au début et à la fin du film.

    [6] On remarquera que le style volontiers brutal et direct de Bobby Womack correspond parfaitement à celui de Quentin Tarantino, grand ambassadeur de la phraséologie populaire.

    [7] A telle enseigne que Monsieur Pink refuse catégoriquement de laisser des pourboires aux serveuses, dans les restaurants qu’il fréquente.

    [8] Il met tant de cœur à l’ouvrage que son vis-à-vis, censé le terrasser à la cinquième reprise, trouve la mort sous ses coups dévastateurs.

    [9] Sergio Leone, l’un des maîtres à penser de Quentin Tarantino, dirait plutôt « pour une poignée de dollars ».

    [10] Rappelons d’ailleurs que Vincent Vega finit par mourir en exerçant son métier.

    [11] « Film noir » peut ici s’entendre au sens ethnique du terme, les principaux protagonistes du long-métrage appartenant à la communauté Afro-Américaine.

    [12] Cette funèbre activité trahit, une fois encore, l’absurdité structurelle de l’Homme : ceux qui l’exercent veulent gagner leur vie en répandant la Mort.

    [13] Ordell Robbie est le grand perdant de cette partie de Roulette Russe. Il est abattu par Ray Nicolette (Michael Keaton), Inspecteur de Police que Jackie Brown a subtilement manipulé.

    [14] Plus connu des Anglo-Saxons sous l’appellation de « Mexican Standoff ».

    [15] A cet égard, il n’est pas sans rappeler la Mutually Assured Destruction que Stanley Kubrick, ennemi de la « logique illogique » de la Guerre Froide, fustigea entre rire et larmes dans Docteur Folamour (Doctor Strangelove).

    [16] Le « Braquage Mexicain » de Pulp Fiction est la seule exception à la règle. Jules, marqué par le miracle qui l’a récemment sauvé, convainc en effet ses adversaires de déposer les armes et de passer leur chemin.

    [17] « Dérision » vient du Latin « deridere » qui signifie « se moquer ».

    [18] On se souviendra notamment de leurs considérations relatives aux hamburgers et aux massages de pieds, lunaire prélude au massacre de trois jeunes hommes qui avaient trahi leur employeur Marsellus Wallace.

    [19] Echo de cet épisode, Black Mamba est attaquée dans son appartement. Pour dissuader son assaillant, la victime désignée argue du fait qu’elle est enceinte et brandit son test de grossesse portatif. Le meurtrier renonce à recourir à la violence après avoir lu, à grand-peine, le mode d’emploi de l’appareil.

    [20] L’existence de ces demi-dieux, au sens où l’entendait la Mythologie Grecque, est d’autant plus exclue que Tarantino nie le concept même de divinité.

    [21] Il est notamment chargé du nettoyage des commodités.

    [22] Ainsi, Monsieur Pink se fait taper sur les doigts parce qu’il ne supporte plus de porter un surnom efféminé. Précisons que les membres du gang ont tous reçu un pseudonyme pour qu’aucun d’entre eux ne connaisse l’identité de ses collègues.

    [23] Pam Grier tint notamment le rôle principal de Foxy Brown, prélude indigent de Jackie Brown qui fut tourné en 1974.

    [24] Dans le film de Tarantino, il incarne un prêteur de caution assermenté qui succombe au charme vénéneux de l’escroquerie.

    [25] Quentin Tarantino est un fin connaisseur de cette sous-culture. Il la découvrit pendant sa jeunesse, en fréquentant assidûment les vidéoclubs de Californie. Notons que le cinéaste est également un adorateur des vieilles séries télévisées. Kill Bill porte la marque de cette passion. Le rôle-titre est en effet tenu par David Carradine, héros de la très kitsch saga Kung-Fu. .

    [26] La palme de l’extravagance revient sans conteste à Pei-Mei (Gordon Liu), Maître Chinois aux sourcils et à la barbe postiches qui, entre deux lévitations, enseigne avec sadisme les arts martiaux à Black Mamba.

    [27] Massacre à la tronçonneuse est précisément l’un des films favoris de Tarantino.

    [28] Son projet intitulé Django Unchained est la traduction de cette tendance à faire de l’outrance le véhicule principal de l’Absurde. Le film se présente en effet comme un « western spaghetti ». Or, ce genre immortalisé par Sergio Leone a pour fondement la surenchère dans l’irréalisme.

    Date de création:2013-01-10 | Date de modification:2013-01-12
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