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    Dossier biographique: Laughton Charles

    Tout dire en une seule histoire - Charles Laughton et le Mythe de La nuit du chasseur

    Jean-Philippe Costes

     Charles Laughton

    Charles Laughton

    Venez à moi petits enfants ! De chemins vicinaux en grandes routes, de villages en métropoles, Harry Powell (Robert Mitchum) chante la Gloire du Tout-Puissant. Voix de stentor, costume noir, port altier, regard inquisiteur, il affiche la rigueur toute Protestante de l’honorable Pasteur. N’importe quel paroissien donnerait le bon Dieu sans confession à ce pèlerin si, funeste apostolat, il n’avait troqué son bâton contre une dague et résolu d’approvisionner le Paradis en âmes fraîches…

    La nuit du chasseur (The Night of the Hunter) fascine les foules depuis 1955. En un fulgurant sortilège, elle saisit les enfants, glace les adultes et transit les vieillards. Elle marque les esprits sans distinctions et les taraude au mépris des frontières. La formule de cette magie cinématographique se dérobe à l’intellect. Le chef-d’œuvre de Charles Laughton a ainsi la particularité d’être à la fois ouvert à chacun et fermé à tous. Il nous parle sans rien nous dire explicitement. Notre cœur perçoit sa signification profonde et pourtant, notre cerveau s’avère incapable d’énoncer les raisons pour lesquelles nous sommes à ce point émus par les aventures des petits John et Pearl Harper (Billy Chapin et Sally Jane Bruce). Le film est placé sous le signe du mystère. Il l’est d’autant plus que son auteur, formidable comédien qui a laissé une empreinte indélébile sur les travaux de Frank Lloyd, de John Farrow, de Billy Wilder ou encore, de Stanley Kubrick, n’a réalisé qu’un seul long-métrage. Pourquoi l’inoubliable interprète de William Bligh, le Capitaine tyrannique des Révoltés du Bounty et de Sempronius Gracchus, le Sénateur Plébéien de Spartacus, s’est-il montré si parcimonieux alors que son unique opus laissait entrevoir des talents de metteur en scène exceptionnels ? La clef de cette énigme à double fond se situe, à n’en pas douter, dans le statut même de La nuit du chasseur. La remarquable adaptation du roman de David Grubb est mythique aux yeux des cinéphiles [1]. Or, ce terme fait plus que qualifier un ouvrage adulé des masses. Au-delà de son acception populaire, il renvoie à un type de création spécifique. L’Etymologie et le Polythéisme Grecs illuminent cette extension du champ sémantique : un mythe est unrécit qui, imprégné de spiritualité, s’assigne pour mission de toucher àl’Essentiel[2]. C’est une histoire qui entend raconter l’Histoire de l’Humanité. Cette vaste ambition ne peut s’accommoder des méthodes employées par les narrateurs ordinaires. Pour faire entrer l’infinie complexité du monde dans un nombre limité de pages ou d’images, il convient en effet de bannir l’exactitude factuelle et la rigueur chronologique. Il est nécessaire de s’en tenir à ce que Carl Gustav Jung a nommé des archétypes ou, comme l’a préconisé l’anthropologie de Jean-Jacques Rousseau, d’élaborer des modèles hypothétiques[3]. Par-dessus tout, il est indispensable d’utiliser un langage capable de repousser les limites du Logos. La nuit du chasseur est imprégnée de ce verbe transcendant. A une intrigue simple et limpide, son action mêle une poésie qui, de décors oniriques en représentations naïves de la Nature, parvient à exprimer l’indicible. Le film acquiert ainsi la puissance d’une parabole biblique. Porteur d’une parole universelle, il fait sentir à la multitude ce qu’une minorité d’êtres humains peut se targuer de comprendre. Il passe outre les pesanteurs de la dialectique académique et enseigne, avec une efficacité que jalouseraient bon nombre de professeurs, les vérités les plus profondes à l’auditoire le plus superficiel. Le long-métrage de Charles Laughton est en cela une « messe cathodique ». Il appelle tous les publics à communier pour qu’apparaisse, au bout d’une heure et demi de transe extatique, ce que nous sommes depuis le commencement des siècles.

     

    Charles Laughton - La Nuit du Chasseur - Robert Mitchum

     

    Que dit cette fable en clair-obscur qui, à la façon d’une poupée gigogne, rassemble en une seule et même légende la plupart des mythes fondateurs de notre Civilisation ? Elle révèle d’abord les invariants de notre condition. La première de ces particules élémentaires tient en une formule immortalisée par Thomas Hobbes : « L’Homme est un loup pour l’Homme ». Harry Powell donne corps à cet aphorisme en ressuscitant la triste figure de Barbe-Bleue . Le prédicateur diabolique se nourrit du meurtre de veuves fortunées. Lorsqu’un menu larcin l’amène à fréquenter la cellule de Ben Harper (Peter Graves), un braqueur de banque, son féroce appétit se réveille. Où sont donc les dix mille dollars que son codétenu a récemment subtilisés ? Le voleur ne daigne pas se confesser. Qu’importe, il doit être pendu pour avoir tué deux personnes en commettant son forfait. Le bon Révérend Harry sera bientôt libre d’aller voir ses deux orphelins. Fort de l’aura éblouissante du Prêcheur, il n’aura aucun mal à épouser Willa (Shelley Winters), sa femme éplorée. Il aura ainsi tout loisir de trouver la cachette de son butin. Le démon en soutane illustre parfaitement la vision infernale du Léviathan : animé par des passions irrépressibles, il est semblable à une machine prête à tout pour assouvir son égoïsme congénital. Charles Laughton ne fait rien pour embellir ce portrait, dont la hideur rejaillit sur l’ensemble du genre humain. L’ignoble Monsieur Powell supprime en effet son épouse aussitôt que celle-ci découvre ses sordides arrière-pensées. Pire, il s’en prend à ses enfants adoptifs quand il découvre que ces derniers dissimulent le magot de leur défunt géniteur. De même que l’Argent n’a pas d’odeur, pense-t-il sans le moindre sentiment de honte, le Meurtre n’a pas d’âge. Les malheureux Pearl et John parviennent à s’enfuir avant d’être dévorés. Ils se réfugient sur une barque et se laissent dériver sur une rivière. Leur frêle esquif s’échoue près de la demeure de Rachel Cooper (Lillian Gish), bonne fée qui accepte de les prendre sous son aile. L’Ogre et le Petit Poucet, le massacre des Innocents de Bethléem par le Roi Hérode, Moïse sauvé des eaux du Nil, les mythes s’enchaînent pour délivrer un message intemporel : l’Homme a toujours été, est et restera un fauve en quête de proie. La bestialité des cris que pousse Harry Powell, lorsque la roue du Sort tourne en sa défaveur, le rappelle crûment aux candides et autres adeptes de l’angélisme.

    Charles Laughton - La Nuit du Chasseur

     

    Notre âme refuse cet augure mais la Raison fait Loi, le Pasteur apostat que Laughton met en scène nous renvoie notre propre image. « Love » et « Hate », « Amour » et « Haine », notre frère maudit porte sur ses doigts le sermon accablant que notre oreille effarouchée répugne à entendre : Humanité ne va pas seulement de pair avec hostilité, elle rime également avec dualité. L’observateur avisé ne manquera pas de noter que cette autre constante de notre condition concerne la Collectivité et non, les individus qui la composent. Ainsi, les protagonistes de La nuit du chasseur sont des personnages monolithiques. La frontière de l’Ethique ne traverse pas leur esprit et ne déclenche en eux aucun conflit intérieur. Ils appartiennent à la race des êtres moraux ou bien, à celle des créatures immorales. Les deux groupes, séparés par une muraille infranchissable, ont vocation à s’affronter. Cette dichotomie peut sembler manichéenne et pourtant, elle véhicule une idée plus pertinente que ne le croient les Egalitaristes, les Relativistes et de façon plus générale, les partisans du Politiquement Correct : la Nature est aristocratique. Elle confère la Noblesse à certains et inflige la roture à d’autres. Il n’existe pas de « Tiers Etat ». On naît avec les vertus de Rachel Cooper ou avec les vices de Harry Powell. L’univers, n’en déplaise à notre volonté, est irrémédiablement divisé en « Bons » et en « Méchants ». Charles Laughton invoque deux nouveaux mythes pour soutenir cette thèse. D’abord, il rejoue la tragédie du Jardin d’Eden. Comme le Paradis terrestre, le monde virginal des petits John et Pearl Harper est hanté par un serpent dont le but, incompréhensible mission, est de répandre le venin de l’Enfer. Le monstre ne devrait pas avoir de place sur la terre sainte de l’Innocence et cependant, il sévit sans relâche. Sa seule existence a valeur de mise en garde à l’attention des Idéalistes : cimetière de la Pureté, la Vie est Mélange et non, Intégrité[4]. Cette ambivalence indépassable de la Création est soulignée par le douloureux souvenir d’Abel et Caïn. Harry Powell se réfère ainsi aux enfants terribles de la Genèse pour justifier la présence des mots « Love » et « Hate » sur ses phalanges. Sa main gauche, professe-t-il en singeant le symbolisme du Christ, représente celle du premier assassin de l’Histoire. Sa main droite évoque celle du premier individu qui ait souffert de la Violence et de l’Iniquité. Les deux organes allégoriques se croisent et se combattent. Quel est celui qui triomphera ? Qu’importent les conclusions du prêtre dévoyé, une vérité s’impose comme une évidence. Habilement mise en relief par la bichromie du film et plus encore, par des plans Expressionnistes qui gravent dans l’inconscient du Public la notion de Contraste, elle nous apprend que l’Humanité est un drame en noir et blanc.

    La Nuit du Chasseur - Willa Harper au fond de la rivière

     

    La nuit du chasseur entre ici dans une autre dimension. Après avoir éclairé les piliers de notre condition, le lumineux long-métrage braque en effet les projecteurs édifiants de nos mythes fondateurs sur la Généalogie de la Morale. Il arrache l’arbre du Mal afin que ses racines putrides apparaissent aux yeux de tous. Dans quel terreau germent donc nos plus viles inclinations ? Dans la convoitise répond Harry Powell, prédateur impénitent à la recherche perpétuelle de femmes et d’enfants à dépouiller. Dans l’appât du gain surenchérit Ben Harper, père inconscient qui ouvre la Boîte de Pandore et précipite sa famille dans la misère en s’accaparant le bien d’autrui. L’Homme succombe au pire, sous-entend Laughton, lorsqu’il s’abaisse à vénérer le Veau d’or. La trame historique du film amplifie le sermon : l’action se déroule dans les années 1930, décennie sacrifiée sur l’autel de l’Argent Roi[5].

    Avoir foi en de fausses idoles, La nuit du chasseur nous montre en un court fait divers le long rhizome de l’affliction. Nous ne marchons pas dans une jungle de bassesse au seul motif que nous cultivons frénétiquement la cupidité. Nous nous empoisonnons aussi en croquant dans le fruit corrompu de la crédulité. La sage Rachel Cooper nous l’indique dès le préambule de ses aventures en terre païenne : méfions-nous des faux prophètes, des loups déguisés en agneaux. Willa Harper ignore cet avertissement venu du fond des âges. Elle accepte d’épouser Harry Powell. Elle consent même à se confire en dévotion pour satisfaire les désirs de son ténébreux époux. Pourquoi Diable ne ferait-elle pas confiance à un homme de Dieu ? Sa naïveté tresse la corde qui finira par l’étrangler. Icey et Walt Spoon (Evelyn Varden et Don Beddoe) tombent dans un piège identique. Les épiciers du village, symboles mi-attendrissants, mi-exécrables du Citoyen ordinaire, ne soupçonnent à aucun moment la duplicité de leur nouveau Pasteur. Ce dernier peut proférer les mensonges les plus éhontés, jamais ils ne douteront de la véracité de ses propos[6]. Comment des personnes intègres pourraient-elles prêter de la perfidie à ceux qui prétendent être leurs semblables ? L’un des principaux enseignements du film apparaît en filigrane de cette interrogation universelle : le Mal prospère du fait que nous attribuons nos propres qualités à tous, alors même que la Nature est fondamentalement duale et aristocratique.

    La Nuit du Chasseur - Harry Powell essayant d’arrêter la barque de John et Pearl Harper

     

    Vivre dans un monde au double visage peut effrayer et consterner. Il y a toutefois de l’espérance dans ce sinistre constat. Si la Vie n’est que contraste, elle doit en effet accorder autant de place aux anges qu’aux démons. La nuit du chasseur suit à la lettre cette logique à la croisée du Pessimisme et de l’Optimisme. Tandis qu’il dessine les traits disgracieux du Vice, le film peint symétriquement le portrait radieux de la Vertu. Rachel Cooper est l’expression de cet éblouissant travail de description éthique. Résurgence du mythe évangélique du Bon Samaritain, la sainte femme trace la voie transcendante du Sacré. Elle est vieille et pauvre, mais elle accueille sous son toit les orphelins de la Grande Dépression. Elle n’a plus guère de place dans son arche de Noé du XXè siècle et pourtant, elle l’ouvre à Pearl et John Harper aussitôt que ces derniers frappent à sa porte. Le Bien, nous murmure-t-elle en un souffle plus puissant qu’un prêche, réside dans l’altruisme et le don de soi. Il est par voie de conséquence dans le rejet du matérialisme, enchaîne opportunément Charles Laughton. L’infortuné John en prend conscience au contact de sa protectrice. L’héritage de son père, d’abord gratifiant, pèse chaque jour un peu plus lourd sur ses frêles épaules. Il sent qu’être le dépositaire d’un trésor, a fortiori dérobé, l’appauvrit au lieu de l’enrichir. Il sait, à force d’être pourchassé par l’infâme Harry Powell, que l’Avoir est l’ennemi juré de l’Etre. « J’en ai assez ! » hurle l’innocent aux mains sales au moment où la Police vient arrêter son bourreau[7]. Il déchire rageusement la poupée de sa sœur et en extrait, sous le regard bouleversé de l’assistance, les billets maudits qui ont fait de sa vie un enfer. Jamais plus l’Argent ne régira son existence. La leçon qu’il a reçue quotidiennement au sein de son nouveau foyer a pénétré son âme une fois pour toutes : « Ce que tu possèdes finit par te posséder ».

    La Nuit du Chasseur - Rachel Cooper, veillant sur ses enfants adoptifs un fusil à la main

     

    Ces paroles proverbiales nous font entendre l’oraison funèbre des ambitieux. Si l’on se fie à leur sagesse, le Salut ne se trouve pas dans la vanité que dénonçait l’Ecclésiaste. Il est dans la soumission à l’idéal de modestie que défend le Nouveau Testament. Qui est le plus grand, aux dires de Jésus de Nazareth ? Celui qui se met au service des plus petits. Je me sens humble devant eux, nous confie Rachel Cooper à la fin de son odyssée. Ils supportent tout. Ils endurent tout. L’éloge est éloquent. Le message ne saurait être plus clair…

    Les continuateurs de la pensée Marxiste verront matière à s’offusquer dans ce discours très connoté. Ils affirmeront que la Mythologie qui imprègne le film n’est qu’un prolongement de ce qu’ils nomment « l’Idéologie ». Ils la compareront à ces leviers intellectuels et culturels qu’actionnent les puissants pour asseoir leur domination sur les masses. Les faits, il convient de le reconnaître, valident partiellement ce procès d’intention. Références incessantes à la Bible, promotion de l’obéissance et des familles laborieuses, acclamation de la peine de mort prononcée à l’encontre de Harry Powell, La nuit du chasseur développe indéniablement une vision Judéo-Chrétienne et traditionaliste du monde. Elle met en valeur un conservatisme qui s’oppose, par nature, à tout changement politique et social[8]. Cette œuvre n’en demeure pas moins vénérable et justement vénérée. Un mythe a certes des failles. Il synthétise à l’extrême, il est constamment tiraillé entre artifice et authenticité, il a comme toute chose la valeur que nous voulons bien lui accorder. Ce miroir des âmes a cependant un mérite inestimable dont Charles Laughton, réalisateur à la filmographie minimaliste entre toutes, a su profiter mieux qu’aucun autre. Il accomplit le prodige d’embrasser, en seul regard, le plus foisonnant des sujets : l’Etre humain.



    [1] Précisons que le scénario du film est l’œuvre de James Agee.

    [2] « Mythe » vient du Grec « muthos » qui signifie « récit ». Il est, depuis l’Antiquité, le mode d’expression privilégié du sentiment religieux.

    [3] Jean-Jacques Rousseau n’a pas écrit une Histoire « réaliste » de l’Humanité. Selon sa propre expression, il a rédigé une « Histoire hypothétique ».

    [4] Est pur ce qui est sans mélange. Or, le monde n’a pas cette propriété. Il ignore l’Absolu et oscille sans cesse entre Bien et Mal. Elia Kazan et Terrence Malick ont fait de ce balancement l’épicentre de leur œuvre.

    [5] Précisons que Ben Harper, victime parmi les victimes de la Crise de 1929, a pillé une banque pour assurer la subsistance de son foyer impécunieux.

    [6] Si bien que Harry Powell parvient sans peine à les convaincre que Willa s’est enfuie du domicile conjugal, alors même qu’il l’a tuée et jetée au fond de la rivière. Au malheureux John, qui menace de dénoncer ses méfaits, l’assassin arrogant oppose son immunité sociale : « C’est moi que les gens écouteront, pas toi… »

    [7] La scène lui est d’autant plus insupportable qu’elle lui remet en mémoire l’interpellation de feu son père.

    [8] Le film a bien l’audace de faire d’un Pasteur un antihéros mais dans le cas d’espèce, ce parti pris n’est subversif qu’en apparence. Harry Powell est ainsi un faux homme de Dieu et non, un vrai. C’est un imposteur, qui ne remet nullement en cause la fonction sociale qu’il a usurpée.

    Date de création:2013-02-11 | Date de modification:2013-02-20
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