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    Dossier biographique: Rosenberg Stuart

    Surveiller, punir et déshumaniser - En prison avec Stuart Rosenberg

    Jean-Philippe Costes

     Stuart Rosenberg

     Stuart Rosenberg

    Peu d'institutions peuvent se targuer d'être plus consensuelles que la Prison. Le Crime, écrivait Dostoïevski, appelle le Châtiment. L'individu qui enfreint les lois collectives se doit d'être sanctionné. Où irait le monde s'il tolérait que certains s'écartent de la voie que les autres, armés de la règle de la Raison, ont tracée pour le salut de tous? Il tomberait dans l'abîme de la Violence. Il se briserait sans coup férir sur les rochers de l'Injustice. Que s'élèvent donc les murs des maisons d'arrêt. Ils sont les remparts qui nous protègent des barbares. Les mauvais sujets qu'ils renferment ont le sort qu'ils méritent. Il n'est de turpitude que volontaire.

    Peu d'intellectuels ont eu le courage de remettre en cause cette logique implacable, mécanique universelle que des siècles d'unanimisme ont gravée dans l'airain de la Certitude. Il fallut un esprit de l'envergure de Michel Foucault, mal-pensant parmi les mal-pensants, pour faire entendre une voix discordante dans le concert lénifiant du conformisme général: il n'y a pas, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de noblesse à l'ombre noire des miradors; il n'est que de sombres mobiles, dissimulés sous le fard bienveillant de l'Intérêt commun. Surveiller et punir, le philosophe Français n'eut besoin que d'un livre et de trois mots pour ébranler toute une mythologie. "Carcéral" rime avec "infernal" et rien, semble-t-il, n'est en mesure d'amender cette sinistre prosodie. Les rapports indignés des associations humanitaires en témoignent depuis des décennies. Aucun d'entre eux n'a été suivi d'effets significatifs.

    Michel Foucault

    Michel Foucault

    Peu de cinéastes ont eu l'audace de braver le Politiquement Correct pour dénoncer cette rémanence du Pire. S'ils sont légion, les "films de prison" se content le plus souvent de montrer l'écume du Mal. Evasions, mutineries, choc des virilités sur fond de cellules décrépites, ces oeuvres purement commerciales se gardent bien d'étudier les structures aliénantes d'un système que la Masse tient pour indépassable. Stuart Rosenberg a toutefois dérogé à ce principe à mi-chemin de Panurge et de Pavlov. En deux longs-métrages, oeuvres majeures qui ont fait date dans l'Histoire du Grand Ecran, le metteur en scène Américain est ainsi parvenu à dire l'essentiel sur la machine pénitentiaire. Il a anticipé Foucault avant de voguer dans son sillage. Par la puissance transcendante de l'Image, il a même accompli le prodige d'étendre le champ d'analyse de l'illustre penseur. Le ténébreux Brubaker (Robert Redford) met en lumière les prémices de ce dépassement insoupçonné. Le héros éponyme de cette plongée dans les abysses carcérales doit prendre la tête du bagne de Wakefield. Son entrée en fonction est cependant contraire à tous les usages. Alerté par des appels analogues à ceux que lança, en France, le Groupe d'Information sur les Prisons, le jeune Directeur choisit en effet de découvrir sa nouvelle affectation en se mêlant aux détenus [1]. Il pressent l'horreur et son immersion parmi les réprouvés confirme tragiquement ses craintes. Insalubrité des locaux, absence de soins médicaux, viols, malnutrition, violences et humiliations de toutes natures, la geôle a le hideux profil d'un purgatoire dantesque. Celle dans laquelle se consume Lucas Jackson (Paul Newman) alias Luke la main froide (Cool Hand Luke) n'est guère plus accueillante. Omniprésence des grilles, promiscuité, lampes qui brûlent d'un bout à l'autre de la nuit dans les dortoirs, hommes constamment obligés de demander une autorisation pour effectuer les gestes les plus anodins de la vie quotidienne, l'établissement s'identifie plus sûrement à une cage pour animaux qu'à une résidence destinée à des personnes dignes de ce nom. Un élément capital est dans ces derniers mots. Michel Foucault enseignait que la Prison avait pour vocations premières de surveiller et de punir[2]. Stuart Rosenberg va au-delà en laissant entendre l'inaudible: la moins contestée de toutes les institutions s'apparente à une entreprise de déshumanisation systématique.

    Brubaker

    Brubaker

    A l'évocation de ce terrible constat, la repoussante figure d'Alex De Large (Malcolm McDowell) nous revient en mémoire. L'emblématique délinquant d' Orange mécanique (A Clockwork Orange), créature maléfique née du tortueux imaginaire de Stanley Kubrick et d'Anthony Burgess, suit en prison un traitement médical qui vise à l'empêcher de violer la Loi et la Morale dominante. Il se tord de douleur et courbe l'échine aussitôt qu'il s'avise de céder à ses instincts criminels. Son redressement est spectaculaire et suscite l'admiration générale. Les murs invisibles qui l'entourent lui laissent-ils néanmoins la faculté d'être un homme authentique? Pour le bouillant Luke la main froide, la question appelle nécessairement une réponse négative. "Casse-Tête" (George Kennedy), le caïd qui tient les détenus sous sa coupe, se pique de le mener à la baguette? Il affronte le colosse dans un combat de boxe homérique. En revenant sans cesse à la charge, il signifie à son adversaire médusé qu'il préfère la Mort à une vie de servitude. On le met au défi d'avaler cinquante oeufs durs en une heure? Il relève le gant et remporte l'incroyable pari, pour faire savoir à chacun qu'aucune frontière ne saurait limiter sa volonté. Gardiens et Directeur se jurent de le contraindre à marcher droit? Il se moque d'eux et leur oppose le sourire insolent de Sisyphe. Lucas Jackson est un rebelle à l'image de James Dean[3]. Comme l'Etranger d'Albert Camus, il refuse la règle du jeu social parce qu'il est conscient que cette dernière est synonyme d'aliénation.De même qu'un peuple qui promet d'obéir perd sa qualité de Peuple, semble nous dire l'éternel insoumis à la manière de Jean-Jacques Rousseau,un homme qui s'agenouille perd sa qualité d'Homme. La Prison est inhumaine en ceci qu'elle atteint le fondement même de notre dignité: le Libre arbitre.

    Orange mécanique

    Le Théorème Orange mécanique : un homme privé de son libre arbitre perd sa qualité d'Homme

    Brubaker élargit cette réflexion et nous amène à franchir un cap supplémentaire dans l'analyse critique. Le pénitencier de Wakefield a été crée au nom de la Loi. Ses pensionnaires sont voués au confinement parce qu'ils ont ignoré les prescriptions de la Communauté. Or, quelle est la principale caractéristique de ce monde immonde? Il constitue de fait une zone de non-droit. Les matons sont des détenus "sur parole", c'est-à-dire, des repris de Justice arbitrairement élevés au rang de gardiens. Ils profitent de leur position de supériorité pour commettre forfait sur forfait. Sous leur férule diabolique, les plus fragiles sont tués. Les autres sont traités en esclaves. Avec la complicité de leur Directeur, les malheureux voient en effet leur travail exploité par les entreprises, le Gouverneur et le Sénateur de leur Etat. Ils ne reçoivent que la faim pour salaire [4]. "L'Homme est un loup pour l'Homme", dirait Thomas Hobbes en pareilles circonstances. La plus célèbre maxime du Léviathan prend ici une résonance particulière. En suggérant que la Prison nous ramène à l'état de nature, âge primitif où prévaut la Loi du plus fort, elle nous dévoile un angle mort du Contrat social: la Polis a pour mission d'humaniser mais en enfermant une partie de ses membres, elle fait oeuvre de déshumanisation; l'Institution prétend civiliser mais en définitive, elle propage la dégradation en renvoyant des milliers d'êtres à la bestialité originelle[5].

    Cette barbarie latente, nous dit Stuart Rosenberg en usant subtilement de toutes les possibilités didactiques du Septième Art, a le Pouvoir pour cause première. Le cinéaste reprend ici l'argumentaire de Michel Foucault : derrière toute politique carcérale se cache un projet fondamentalementtotalitaire. L'objectif prioritaire de la Prison est en effet de soumettre l'Individu à la Norme [6]. Dans un monde où la création de richesses est devenue centrale, il convient d'assurer l'ordre indispensable au bon fonctionnement de l'Economie. Mettre au pas les "déviants", vieille obsession de la Société, se change en impératif catégorique. Luke la main froide illustre parfaitement ce dogme que l'on croirait tout droit sorti d'une contre-utopie de George Orwell. Improductif par tempérament et par philosophie, l'impétueux personnage rejette le catéchisme communautaire. Il ne se sent ni libre, ni indépendant au sein de l'univers codifié des gens ordinaires. Aussi, il décide de préférer la révolte à la conformité. Il découpe un à un les parcmètres de sa bourgade insipide afin de manifester sa rage d'exister[7]. La réaction de la Collectivité ne se fait pas attendre. La Justice condamne le turbulent Lucas Jackson à deux ans de réclusion. La brebis galeuse doit être mise à l'écart pour éviter la contamination du troupeau.

    Luke la main froide (Cool Hand Luke) (I)

    Luke la main froide (Cool Hand Luke) (I)

    Exclure les esprits contestataires en les parquant loin des regards, cette logique concentrationnaire pourrait être la profession de foi de Wakefield. L'ignoble établissement apparaît en effet comme un Etat dans l'Etat, qui fonctionne selon ses propres règles et fait fi des Droits de l'Homme. Le Pouvoir se moque que ses habitants soient traités comme des sous-hommes. L'important, à ses yeux machiavéliques, est que les indociles soient séparés des serviles par une frontière infranchissable. Henry Brubaker, le nouveau Directeur du pénitencier, espère que le spectacle infamant de la chiourme qui dévore la chiourme ébranlera ce système antidémocratique et obligera les élus du Peuple à faire assaut d'humanité. Il pèche cependant par excès d'idéalisme. La répression de la Délinquance ne remet pas en cause l'adoption de mesures sécuritaires. Au contraire, elle la justifie a posteriori et contribue de ce fait à favoriser le statu quo politique[8].

    Discipliner pour mieux régner , tel est donc le maître mot d'une Société dont la Prison révèle le caractère foncièrement oppressif. Par les murs, par les barreaux, l'Autorité publique veut montrer sa force à l'Individu pour asseoir sa domination. Les pensées de Rosenberg et de Foucault convergent de nouveau. Le réalisateur annonce ainsi, tout au long de Luke la main froide, la "typologie de la normalisation" que le philosophe énonce quelques années plus tard dans Surveiller et punir[9]. Comment l'Administration pénitentiaire cherche-t-elle à convertir les prisonniers au culte de l'obéissance? D'une part, elle recourt à l'isolement. Les récalcitrants à l'image de Lucas Jackson passent la nuit "dans la boîte", c'est-à-dire, au mitard. Dans un deuxième temps, les condamnés sont contraints de travailler. "Casse-Tête" et ses compagnons d'infortune ne le savent que trop bien. Depuis le premier jour de leur détention, ils réparent les routes, tondent les accotements et tondent les fossés jusqu'à ce que la fatigue épuise leurs velléités de rébellion. Pour parachever cette oeuvre de soumission, les relations carcérales sont médicalisées. Celui qui consent à "guérir" de ses vices reçoit un traitement de faveur. Le malicieux Luke en fait l'édifiante expérience. Aussitôt qu'il feint d'être maté, pour se jouer une nouvelle fois de ses geôliers à bout de patience, il bénéficie de toutes sortes de privilèges. Bâton et carotte sont les mamelles de l'Ordre social...

    Brubaker (II)

    Brubaker

    Ce portrait de la bassesse institutionnelle heurtera les âmes inaccoutumées au douloureux exercice de la Lucidité. De même que le Roi ne peut mal faire, s'insurgeront-elles à l'unisson, les gouvernements modernes ne sauraient se compromettre dans des pratiques politiques à ce point archaïques. Michel Foucault a brillamment répondu à cette objection. Certes, concède l'universitaire, les cérémonies punitives ont fait place aux sanctions cachées, les peines morales telles que la privation de liberté ont succédé aux supplices physiques. Néanmoins, le Pouvoir a conservé sa logique autoritaire. Il a simplement adapté ses techniques à la montée de l'Individualisme[10]. Deux protagonistes de Luke la main froide expriment admirablement cette persistance de l'esprit totalitaire. Le premier est Ross Godfrey (Morgan Woodward), le chef des surveillants. Muet, violent et implacable, le terrifiant personnage ne s'exprime qu'à coups de fusil. Il dissimule son regard métallique derrière des lunettes noires qui à elles seules, traduisent toute l'inhumanité d'un système[11]. Le frère siamois de ce symbole vivant de la barbarie communautaire est le Capitaine Keen (Strother Martin), le Directeur du bagne. Sous ses dehors débonnaires, l'homme est un animal sadique. Après avoir enfermé Lucas Jackson dans la "boîte" pendant des jours et des nuits, à seule fin de le priver de l'enterrement de sa mère, il oblige ainsi son exutoire favori à creuser un trou et à le reboucher sans cesse pour lui signifier sa toute-puissance. La Société a évolué sur la forme mais elle n'a pas changé au fond, semble nous confier le bourreau en s'acharnant sur sa victime.

    Aux termes de ce réquisitoire accablant, la Prison apparaît comme le cimetière moral et politique de la Société. Stuart Rosenberg creuse cette métaphore funéraire dans Brubaker, lorsque le nouveau dirigeant de Wakefield met à jour un charnier dans lequel des détenus martyrisés ont été clandestinement inhumés. La séquence, abjecte, n'appelle qu'une réplique : fuir vers des cieux plus cléments. Luke la main froide répond à ce mot d'ordre en tentant de s'évader encore et encore, avec une obstination qui confine au réflexe de survie. Il sait que la claustration est définitivement incompatible avec sa dignité d'Etre humain. Son entreprise, hélas, est vouée à l'échec. La Société ne saurait en effet laisser libre un individu qui, de l'aveu même de l'incorrigible "Casse-Tête", est né pour "secouer le monde". Un Ordre, quel qu'il soit, ne peut courir le risque du Chaos.

    Luke la main froide (Cool Hand Luke) (II)

    Luke la main froide

    Cette impasse marque la limite du raisonnement de Michel Foucault. Surveiller et punir est ainsi vierge d'alternatives crédibles à l'enfermement des criminels. Ce blocage, rétrospectivement, s'explique sans difficulté. Si la Prison est un moyen d'imposer la Norme à l'Individu, il est vain de vouloir la changer en la séparant du reste de la Société. Sa transformation requiert un changement radical de la Cité, de ses pouvoirs et de ses institutions. Son dépassement suppose une démarche globale dont la force d'entraînement doit associer l'Ethique, le Droit et la Politique. Henry Brubaker perçoit fort bien cette nécessité. "Je vais faire sauter la baraque et foncer tête baissée", promet-il à ceux qui voudraient le cantonner à des tâches purement technocratiques. Parce qu'il est conscient que l'Etat est immobiliste par nature et ne lui fournira aucune aide, parce qu'il sait que le système carcéral est conçu comme un carcan que rien ne saurait réformer, le fonctionnaire indiscipliné propose une véritable révolution[12]. Il fait table des préventions des bien-pensants et implique les détenus dans l'administration de Wakefield. Sous ses coups de boutoirs, la hiérarchie traditionnelle est renversée. L'Autorité ne vient plus d'en haut mais d'en bas, selon une dynamique ascensionnelle qui place l'Individu au centre de la vie publique. Ce projet évoque l'Autogestion Socialiste ou encore, le Fédéralisme Proudhonien. Il vaut à son initiateur d'être limogé sans ménagement. La funeste issue était prévisible. Le Parti de l'Ordre s'oppose à celui du Mouvement, les Conservateurs font barrage à l'Extrême Gauche. La Société est ainsi faite qu'elle abhorre les Anarchistes. La fin de Luke la main froide en atteste cruellement. Après avoir brocardé le Créateur dans un temple vide de toute présence surnaturelle, le forçat sans Dieu ni Maître est symboliquement abattu d'une balle dans la gorge. Il convenait de faire taire celui qui, par ses discours frondeurs, menaçait l'équilibre de la Communauté[13].

    Le générique peut défiler à l'écran, sur la musique entêtante de Lalo Schifrin, le débat est à présent posé. Tel est sans doute le principal mérite de Stuart Rosenberg, artisan de l'Image qui n'a guère offert que deux joyaux à la couronne du Cinéma. Souhaitons-nous que perdure l'inhumanité carcérale ou bien, voulons-nous lui porter remède? Si nous choisissons la première possibilité, nous nous contenterons des réformes inopérantes qui, législature après législature, cachent la misère sous le masque des bonnes intentions. Si nous privilégions la seconde option, nous devrons consentir à de profonds changements politiques et modifier radicalement notre rapport à la Norme. Il n'existe pas de moyen terme en l'espèce. Quoi qu'il en soit, Luke la main froide et Brubaker nous laissent une certitude absolue. Michel Foucault l'avait pressentie: au fond, peu d'institutions sont moins consensuelles que la Prison.



    [1] Quelques repères chronologiques sont utiles pour situer les travaux de Stuart Rosenberg. Brubaker date de 1980. Le Groupe d'Information sur les Prisons (GIP) fut fondé par Michel Foucault en 1970. Surveiller et punir fut publié en 1975.

    [2] Pour accomplir cette double mission, écrit le philosophe, la Prison actionnerait des leviers analogues à ceux que la Société utilise dans l'Armée, l'Ecole, les usines ou les hôpitaux: répartition des individus dans des zones déterminées, contrôle des activités par des emplois du temps précis, architecture circulaire et donc, propice à l'observation (le "Panoptique"), mesures de sanction...

    [3] Le long-métrage de Stuart Rosenberg est hanté par le "rebelle sans cause" qu'immortalisa Nicholas Ray dans La fureur de vivre. L'un des gardiens du pénitencier porte son fusil sur les épaules, comme James Dean le fait dans Géants de George Stevens. La mère et l'un des codétenus de Luke sont par ailleurs interprétés par des comédiens qui tiennent des rôles essentiels dans A l'Est d'Eden, le film qui a révélé l'icône contestataire: Jo Van Fleet et Richard Davalos.

    [4] A telle enseigne qu'ils sont contraints de vendre leur sang pour acquérir des denrées alimentaires.

    [5] "Mourir pour la Patrie" est la seconde contradiction majeure du Pacte social, la Philosophie contractualiste nous enseignant que l'Homme passe de l'état de nature à l'union civile au nom de la conservation de lui-même.

    [6] "Correction" et "réinsertion" sont les appellations officielles de cette soumission.

    [7] Luke a beau être ivre au moment des faits, il n'en poursuit pas moins un but résolument Existentialiste: vivre à l'écart du Déterminisme ambiant.

    [8] De sorte que la Délinquance est finalement un allié objectif du Politique. Michel Foucault soutient cette thèse dans Surveiller et punir.

    [9] Luke la main froide fut tourné en 1967, soit huit ans avant la publication de Surveiller et punir.

    [10] Montée qui procède essentiellement de deux phénomènes: l'Esprit des Lumières et l'essor de la Bourgeoisie.

    [11] Ross Godfrey anticipe, à bien des égards, les matons androïdes qui sévissent dans THX 1138, le premier film de George Lucas.

    [12] Réformisme ou Révolution, ce débat oppose durant tout le film Henry Brubaker à Lilian Gray (Jane Alexander), la conseillère politique qui a obtenu le remplacement de l'ancienne équipe dirigeante de Wakefield.

    [13] Henry Brubaker est lui aussi, méthodiquement bâillonné. D'une part, il est démis de ses fonctions. D'autre part, son rapport sur les deux cents homicides commis à Wakefield est enterré par le Gouverneur et le Sénateur de l'Etat.

    Date de création:2013-08-09 | Date de modification:2013-08-09
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