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    Dossier biographique: Scott Ridley

    Au nom de la Loi - L’Humanité selon Ridley Scott

    Jean-Philippe Costes

    Ridley Scott

    Ridley Scott

    Il ne paie ni ses amendes, ni ses impôts. Il trace sa route au mépris des sens interdits. La Société peut l’enjoindre de ne pas dérober le bien d’autrui, il volera ce que bon lui semblera. Dieu peut toujours lui commander de ne pas tuer ses congénères, il prendra la vie des autres selon ses besoins et ses envies. Ainsi va le Hors-la-loi. La Volonté générale, comme la voix du Sacré, s’arrête aux portes de son fief. Nul autre désir que le sien ne saurait diriger son existence. Le fier individu ose cracher sa liberté absolue au visage de la masse et telle est la raison pour laquelle, sans doute, il passionne les foules depuis l’aube des temps. Qui n’a jamais rêvé de connaître le grand frisson de celui qui, affranchi de la peur des petites gens, se rit des tabous et dispute à la Nation le monopole de la Souveraineté ? Le Dictionnaire se souvient d’Al Capone. Il a oublié Elliot Ness [1]. L’Imaginaire collectif le pense tout bas, à défaut d’avoir le courage de le dire haut et fort : l’homme qui se défie de la Norme est considéré comme un Surhomme.

    Ridley Scott aurait pu plier son art à cette morale perverse qui, sous un légalisme de façade, n’a de cesse de glorifier l’illégalité. Le Cinéma commercial, genre auquel il doit l’essentiel de sa renommée, lui imposait de suivre l’éthique des comptables et de satisfaire sans vergogne les fantasmes de la multitude. Le réalisateur Anglais a toutefois ceci de commun avec le Criminel qu’il se moque des sentiers battus. Fidèle aux préceptes du poète Américain Robert Frost, il va là où l’on ne va pas lorsque deux chemins s’offrent à lui. De ses voyages au pays des idées contraires, l’anticonformiste a ramené deux convictions profondes : le rejet de la Loi est synonyme de déchéance et non, de transcendance ; la Règle, n’en déplaise aux faux prophètes de la Liberté, est l’instrument grâce auquel l’Humanité trace la frontière qui la sépare de la Mécanique et de l’Animalité.

    Blade Runner

    Blade Runner

    Blade Runner pose les fondations de cette remarquable réflexion existentielle. Le film, transposition futuriste du Mythe de Pinocchio, retrace le dramatique itinéraire d’androïdes en révolte[2]. Ces « Répliquants » ne supportent plus la sordide condition de leurs semblables : servir docilement les conglomérats qui exploitent les innombrables planètes du Cosmos et disparaître, non moins servilement, au terme de quatre années d’un labeur ingrat. Menés par le charismatique Roy Batty (Rutger Hauer), les Spartacus de l’Espace décident par conséquent de braver les oukases de leurs maîtres. Ils s’évadent de leur prison sidérale et se réfugient sur la Terre. Ils souhaitent rencontrer le Professeur Tyrrell (Joe Turkel), le scientifique de génie qui leur a donné naissance, afin de lui réclamer une prolongation de leur espérance de vie. Rien ne distingue apparemment ces créatures bioniques de leur créateur. Comme lui, ils sont de chair et de sang. Comme lui, ils ont accès à ce savant alliage de Parole et de Raison que la Philosophie Grecque nommait le Logos. Comme lui, ils ont conscience de leur finitude. Comme lui, ils sont perfectibles et à ce titre, capables d’éprouver des sensations pour lesquelles ils n’étaient pas programmés[3]. Amour et haine, joie et tristesse, colère et quiétude, nulle émotion n’est étrangère à ces fils prodigues d’un nouveau genre. Ils existent par-delà l’ironie et la condescendance de leurs contempteurs. Je pense, donc, je suis, rappelle opportunément la troublante Pris (Daryl Hannah) à J. F Sebastian (William Sanderson), l’assistant de l’inaccessible Tyrrell. L’Inspecteur Deekard (Harrison Ford) ne saurait démentir cette vérité jadis énoncée par son illustre homonyme René Descartes. Le chasseur de Répliquants doit en effet déployer des trésors de persévérance et d’ingéniosité pour repérer ses proies. Les difficultés qu’il rencontre, au final, ont la saveur amère d’un d’aveu : corps et âme, Roy Batty et les siens sont bel et bien identiques à leurs modèles [4]. Ils s’avèrent même plus humains que les humains, leur force, leur intelligence et leur magnanimité excédant de très loin celles du commun des mortels. Ces qualités, pourtant, ne leur sont d’aucun secours. Tandis que leur céleste concepteur trône au sommet d’un Olympe inondé de lumière, les anges maudits sont contraints de se terrer dans les bas-fonds les plus obscurs. Ils seront traqués et méthodiquement éliminés par l’unité Blade Runner. Quelle est donc la cause de cette implacable discrimination ? La réponse est tout entière dans ces mots d’une tragique simplicité : ce qui est hors-la-loi est exclu du cadre de l’Humanité.

    Les duellistes (The Duellists)

    Les duellistes (The Duellists)

    Le verdict a la sonorité discordante de l’injustice criante. Néanmoins, il obéit à une logique qui ne doit rien à l’arbitraire. Il s’appuie sur le fait objectif que l’Anomie, c’est-à-dire, l’absence de normes, conduit infailliblement à la monstruosité. Toute l’œuvre de Ridley Scott est traversée par cette idée. Gabriel Féraud et Armand d’Hubert (Harvey Keitel et Keith Carradine), les soldats Napoléoniens qui officient dans Les duellistes (The Duellists), choisissent par exemple d’ignorer la législation de leur époque. Guidés par une rancœur tenace, ils préfèrent régler leurs différends à la pointe de l’épée plutôt qu’à la barre des tribunaux. Le résultat de leur dédain absolu des institutions est particulièrement instructif. Pendant seize années de sang et de fureur, les ennemis jurés s’affrontent au pistolet et à l’épée, à cheval et à pied, en salle et en rase campagne. Les motifs même de leur querelle finissent par se perdre dans l’oubli. L’Honneur tient lieu de raison à leurs passions irrépressibles. Ce faux nez ne peut toutefois dissimuler la hideur de leur faciès. En repoussant les lois des hommes, les enragés se sont fait chiens [5].

    Une mécanique analogue est à l’ouvrage dans Mensonges d’Etat (Body of Lies), film d’espionnage imprégné du souvenir douloureux des attentats du 11 septembre et de la seconde Guerre du Golfe. Le long-métrage, aussi haletant que brutal, oppose le terroriste Arabe Al-Saleem (Alon Abutbul) aux contre-terroristes Roger Ferris et Edward Hoffman (Leonardo Di Caprio et Russell Crowe). Tout, de prime abord, sépare ces combattants de l’ombre. La frontière qui délimite leurs domaines respectifs tend cependant à s’effacer sous les vents tempétueux de la Lucidité. Tandis que le fou d’Allah se joue des autorités internationales en massacrant hommes, femmes et enfants, les agents de la CIA trahissent ainsi l’idéal démocratique en usant et abusant de la violence, de l’intimidation ou encore, de la manipulation[6]. Les extrêmes se rejoignent sous les regards médusés des candides et des manichéens. La formule de cette alchimie insolite fait écho à une sagesse immémoriale : l’Humanité est soluble dans l’acide Machiavélique ; l’animosité, en nous poussant à faire fi des règles morales et juridiques, nous entraîne vers l’animalité.

    Mensonges d’Etat (Body of Lies)

    Mensonges d’Etat (Body of Lies)

    Alien synthétise ces considérations philosophiques en une formidable allégorie. Ce sommet de la Science-Fiction raconte l’odyssée du Nostromo, un navire interstellaire à destination de la Terre. Le vaisseau, alerté par un signal de détresse, fait escale sur une planète inconnue. Son équipage ne trouve pas âme qui vive sur l’astre désolé. Il s’apprête à rebrousser chemin quand soudain, un organisme non identifié se plaque sur le visage de l’un de ses membres. La victime, commotionnée, est ramenée dans sa navette. Ses compagnons espèrent qu’une opération chirurgicale la débarrassera de la chose répugnante qui s’est emparée d’elle. Ce que tous ces honnêtes employés ignorent, hélas, c’est que leur étrange mésaventure n’est pas fortuite. Leur puissant employeur a en effet programmé leur perte. Relayé par Ash (Ian Holm), le scientifique de l’expédition, il ambitionnait de s’approprier un monstre réputé invincible afin d’en tirer des profits colossaux. Le bain de sang, dès lors, est inévitable. Les non-initiés ne verront en lui que pure abomination ou bien, matière à frissonner. Ceux qui connaissent les arrière-pensées de Ridley Scott sauront, pour leur part, le décrypter comme il se doit. Ils comprendront ainsi que la société qui avait affrété le Nostromo représente la Société dans son ensemble. Ils s’apercevront que la mission secrète du cargo céleste file une métaphore de la déviance, du cheminement vers la transgression. Ils sentiront que la bête immonde qu’affrontent l’officier Ripley (Sigourney Weaver) et ses comparses ne sont, en vérité, que les symboles de notre propre aliénation : l’Humanité devient étrangère à elle-même aussitôt qu’elle s’éloigne de la Loi[7].

    Cette décomposition de l’Etre constitue, aux yeux clairvoyants de Ridley Scott, l’une des inclinations les plus fondamentales de notre déroutante personnalité. Les duellistes nous l’enseignent admirablement. Les deux soldats Napoléoniens ont beau lutter pour la diffusion universelle du Code civil, ils restent en marge de la Civilisation. Empire ou Monarchie restaurée, aucun régime ne peut réfréner leur désir d’en découdre. Un tropisme les pousse encore et toujours dans les abysses de la Barbarie. Edward Hoffman confirme l’existence de cette dualité incoercible. Parangon de cynisme, le maître espion de Mensonges d’Etat donne ainsi ses ordres inhumains par téléphone, tout en menant la vie apparemment irréprochable d’un bon père de famille. L’ombre du terrifiant Alien plane sur cet individu qui nous ressemble comme un frère. Il y a, en chacun de nous, une créature anarchisante qui ronge notre identité aussi sûrement que notre dignité[8]. Lui permettre de s’exprimer à sa guise, c’est sombrer dans le Néant.

    Alien, le huitième passager (Alien)

    Alien, le huitième passager (Alien)

    American Gangster analyse remarquablement cette déchéance annoncée. De quoi se plaint le caïd Bumpy Johnson (Clarence Williams III), mentor du Baron de la Drogue que s’apprête à devenir Frank Lucas (Denzel Washington) ? Sa chère Amérique, maugrée-t-il avant de succomber à une crise cardiaque hautement symbolique, a renoncé à toutes ses valeurs et laissé ses enfants sans repères. Le testament du vieux malfrat ne peut être plus limpide : une communauté qui abolit ses frontières juridiques et plus encore, morales, est vouée à l’égarement ; elle ne sait plus qui elle est ni où elle va. Le Harlem des années 1970 donne corps à ce désert anomique. Babylone des temps modernes, le quartier de New York est hanté par la cocaïne et l’argent de la redoutable French Connection. Sa seule règle est celle de la confusion. La Police en témoigne avec une force d’autant plus grande que le film est inspiré de faits réels. Richard Roberts (Russell Crowe), l’un de ses rares officiers intègres, est ainsi vilipendé par ses collègues au motif qu’il n’a pas dérobé le million de dollars qu’il avait saisi dans la voiture d’un bookmaker clandestin. Le coéquipier du bon serviteur de l’Etat est un vulgaire junkie, qui termine prématurément sa vie de misère à la suite d’une overdose. L’Inspecteur Trupo (Josh Brolin) nous fait franchir un cap supplémentaire dans la consternation. Ce pilier de la Brigade des stupéfiants est en effet la clef de voûte du trafic de narcotiques dans le Nord-Est des Etats-Unis. Avec ses acolytes aux insignes trompeurs, il vole, rackette et deale comme un véritable truand. Cette incroyable prévarication nous remet en mémoire la sagesse de Saint Paul : sans Loi, il devient impossible de distinguer le Bien du Mal. La maxime prend tout son sens quand Frank Lucas, le Parrain Noir, s’approvisionne en poudre blanche en soudoyant les soldats Américains stationnés dans le sulfureux Triangle d’or. Nier la Norme, c’est s’enfoncer dans un flou éthique où la grandeur de l’Humain se mêle à la petitesse de la Bête.

    Cette indifférenciation, ajoute aussitôt Ridley Scott, est d’autant plus préjudiciable qu’elle porte en son sein le danger permanent du désordre et du danger. Au Royaume de l’Anomie, en effet, il n’est point de sécurité. Chaque homme s’identifie à un animal traqué dont l’existence, sinistre perspective, se réduit à une longue et pénible lutte pour la survie. L’insouciant Frank Lucas l’apprend à ses dépens. Pourchassé par ses rivaux de la Pègre New-Yorkaise, harcelé par Trupo et ses affidés avides de reprendre le Pouvoir à Harlem, le Seigneur du Crime est finalement arrêté par l’incorruptible Richard Roberts. Son Empire s’effondre sous ses yeux et l’abandonne aux confins de la solitude et de la pauvreté. En l’absence de protection juridique, le Roi est irrémédiablement nu…

    American Gangster

    American Gangster

    La vision chaotique de Ridley Scott nous renvoie directement à la Philosophie contractualiste du XVIIè siècle. Le réalisateur n’a certes pas l’envergure d’un penseur de premier plan. Son œuvre, perpétuelle oscillation entre l’excellence de Blade Runner et la médiocrité de GI Jane, cultive à la fois la finesse et l’outrance, la justesse de la réflexion et la licence historique, l’exigence de l’Artiste véritable et le maniérisme commercial du producteur Hollywoodien. L’hétérogénéité a malgré tout les vertus des ténébreux orages que chantait Baudelaire dans ses odes spleenétiques. Elle est traversée, ça et là, par de brillants soleils. Les agents secrets de Mensonges d’Etat, les Duellistes et leurs nombreux cousins cinématographiques ne dérogent pas à ce principe. Fidèles reflets du monstre mécanique et autocentré que Thomas Hobbes décrit dans Le Léviathan, ils parviennent à ressusciter l’Individu présocial et sa laideur structurelle. Mieux, leur évolution évoque le processus que John Locke expose dans son second Traité du gouvernement civil. Selon le père spirituel de la Démocratie Anglo-Saxonne, l’Homme n’est pas intrinsèquement sauvage et belliqueux. Il vit sous le commandement d’une Loi naturelle qui lui impose, au nom de la Raison, de ne pas laisser libre cours à ses instincts destructeurs[9]. Cet être primitif ne peut cependant accéder à la plénitude de la dignité humaine. Aveuglé par le mirage de l’or, il n’a en effet d’autre horizon que de s’enfoncer dans des guerres de propriété aussi interminables que dégradantes. Son seul espoir d’élévation est la sortie de l’état de Nature et l’entrée dans l’âge moderne de l’Union civile. Sous l’autorité tutélaire d’un gouvernement doté du pouvoir de trancher les litiges, le fragile personnage verra ainsi ses droits fondamentaux garantis par la force publique. Du statut de gibier menacé par les loups il passera à celui, infiniment plus gratifiant, de particule élémentaire d’un Peuple policé.

    Gladiator

    Gladiator

    Les vertus humanisantes de la Loi positive se manifestent clairement dans la première partie de Gladiator, éblouissante rénovation de ce genre désuet entre tous qu’est le Péplum. Pourquoi Marc Aurèle (Richard Harris) livre-t-il bataille aux tribus Germaniques ? Loin de l’agressivité débilitante des despotes ordinaires, l’Empereur philosophe entend offrir à des peuplades arriérées les bénéfices de la Norme Romaine. Il est résolu à changer des créatures stupides, crasseuses et violentes en de respectables citoyens. Son combat, illustré par la confrontation de ses troupes admirablement organisées avec des hordes de barbares vindicatifs, est celui du Progrès contre la régression. Le glorieux résultat de ce conflit séculaire apparaît dans la Jérusalem du bien nommé Kingdom of Heaven. Gouvernée par Baudouin IV le Lépreux (Edward Norton), Souverain dont la splendeur morale contraste puissamment avec la disgrâce physique, la Cité trois fois sainte est un fragment de Paradis tombé sur la Terre. Tandis que le Proche-Orient se consume dans la folie des Croisades, ce havre de paix entretient vaillamment la flamme de la Concorde et de la Justice. Chrétiens et Musulmans l’habitent en bonne intelligence. Entre ses vénérables murs, il n’est ni nobles ni manants, ni races supérieures ni populations inférieures, ni oppresseurs ni oppressés. Le pèlerin ne voit en son sein que des hommes, sagement rassemblés sous la férule bienveillante de la Raison et de l’Ethique. Le visage de John Locke se dessine en filigrane de ce royaume divin, utopie devenue réalité au mépris de la barbarie commune : c’est en abandonnant le Droit naturel au profit du Droit positif, bras armé du Cœur et de l’Esprit Rois, que l’Humanité passe du Profane au Sacré. Armand d’Hubert prend conscience de ce lien de causalité dans les derniers instants des Duellistes. Vainqueur de son ultime affrontement, le bretteur harassé par seize années de guerre privée pourrait fort bien occire l’insupportable Gabriel Féraud. Cependant, il n’en fait rien. Il se contente de soumettre son meilleur ennemi à sa loi[10]. C’est ainsi, pense-t-il à juste titre, qu’il en finira avec l’arbitraire féroce et insensé qui a fait de son existence une jungle inextricable. C’est par la discipline de l’Entendement institutionnalisé qu’il échappera aux affres de l’animalité.

    Cet éloge de l’Ordre est l’un des piliers de l’œuvre de Ridley Scott, cinéaste beaucoup moins insignifiant que d’aucuns ne l’imaginent. Il est à la fois dans la parole et dans l’image. Il est aussi bien dans le propos que dans l’esthétique qui lui sert de socle. La noirceur glaciale qui enveloppeAlien évoque ainsi le vide abyssal qui guette les apôtres de l’Anomie. A l’inverse, la lumière éclatante qui irradie Jérusalem, dans Kingdom of Heaven, souligne les bienfaits qu’engendre le respect des textes fondamentaux de la Communauté. L’univers de Tyrrell, le Grand Législateur de Blade Runner, entérine magistralement cette hiérarchisation formelle des valeurs. Ses tours qui grattent audacieusement le ciel, ses galaxies de luminaires aveuglants, ses constellations de visages féminins qui s’affichent fièrement sur de vastes écrans publics sont autant de signaux à l’attention du Spectateur : l’Humanité atteint le firmament dès lors qu’elles s’affranchit des pesanteurs primitives de l’Anarchie [11]. Les duellistes apportent la touche finale à ce plaidoyer en faveur de la réglementation et de l’obéissance raisonnée. Véritable galerie de tableaux de Maître, le film oppose en effet la fureur des combats singuliers à la quiétude des paysages, les cadrages convulsifs à des plans fixes où se dévoile sans retenue la beauté de décors méticuleusement ordonnés. La philosophie qui a présidé à la réalisation de ces prises de vue coupe court à toute ambiguité tant elle est évidente. Quel que soit ton art, nous suggère-t-elle en un murmure entêtant, agis toujours selon les règles.

    ingdom of Heaven

    Kingdom of Heaven

    Le discours est indéniablement persuasif et pourtant, le légalisme qu’il promeut avec enthousiasme a quelque chose de dérangeant. Qui ne voit que la sujétion, fût-elle volontaire, peut aisément dégénérer en servitude et précipiter la déshumanisation du genre humain [12]. Ridley Scott perçoit lui-même ce danger. Bon nombre de ses héros conquièrent ainsi leur dignité en bravant les normes sociales et non, en les observant à la lettre. Thelma et Louise (Geena Davis et Susan Sarandon) offrent le meilleur exemple de cette élévation par l’insoumission. La première, ingénue typique des Etats ruraux d’Amérique, subit quotidiennement les humiliations d’un époux stupide et brutal. La seconde n’a pas été plus favorisée par le Sort. Humble serveuse dans un restaurant de piètre qualité, elle a jadis été violée par quelque machiste du Texas. De cette épreuve effroyable, elle a conservé le souvenir cuisant d’un monde indifférent à la souffrance des femmes. Lorsque son amie Thelma est victime d’une agression sexuelle sur le parking d’une boîte de nuit, la malheureuse décide par conséquent de se rebeller contre l’ordre établi. Elle abat le satyre et embarque sa proie dans un long voyage vers des cieux plus cléments. C’est au cours de cette cavale dans les grands espaces que les deux fugitives s’affirment en tant qu’êtres respectables[13]. Naguère traitées en rebuts, elles accèdent à une félicité qui leur était interdite. Plus elles s’adonnent à la transgression, moins la gent masculine se permet de les outrager. Le paradoxe est saisissant. La Loi serait-elle à ce point ambivalente que la bafouer pourrait simultanément nous avilir et nous édifier ?

    Pour résoudre cette contradiction, le judicieux Ridley Scott s’en remet de nouveau à John Locke. Selon l’illustre philosophe, les hommes ont choisi de quitter l’état de Nature et son angoissante précarité en signant un Trust. Antithèse du pacte de soumission intégrale dont Thomas Hobbes se servit pour justifier l’Absolutisme, cette mission de confiance visait à charger une Autorité impartiale de protéger les droits fondamentaux de l’Individu : la Liberté et la Propriété[14]. La description est brève, mais elle suffit à mettre en lumière l’une des principales implications du système Lockien. Si le Gouvernement se détourne de la Loi et oublie les devoirs édictés par le Trust, le Peuple est fondé à entrer en résistance pour préserver son intégrité[15]. Robin des Bois (Robin Hood) retrace parfaitement ce processus révolutionnaire. Que laisse entendre ce film qui, en dépit d’outrances tant formelles qu’historiques, narre ingénieusement la naissance de la légende du « Prince des voleurs » ?[16] En premier lieu, les hommes sont par essence égaux en droits. Robin Longstride (Russell Crowe) le prouve sans coup férir. Simple archer, il usurpe ainsi le nom et le titre d’un noble décédé pour fuir l’hostilité du Royaume de France. Or, personne ne s’aperçoit de sa forfaiture à son retour en Angleterre. Il donne parfaitement le change et apparaît aux yeux de tous comme le véritable Robert Loxley, Seigneur de Nottingham parti aux Croisades pendant une décennie. La distinction entre vassaux et suzerains, dès lors, révèle son véritable caractère. Elle est purement artificielle, si bien que le gouvernement d’une Nation ne peut en aucune façon être aristocratique. Richard Cœur de Lion (Danny Huston) puis Jean (Oscar Isaac), son successeur, n’ont cependant que faire de ce constat qui valide objectivement le Trust de John Locke. Adeptes de l’oppression fiscale et de la Justice expéditive, ils ignorent effrontément leurs obligations de Souverains. Le Peuple grogne. Les Barons enragent. Godfrey (Mark Strong), espion Anglais à la solde de Philippe Auguste (Jonathan Zaccaï), porte leur fureur à incandescence en les harcelant au nom de la Couronne Londonienne. Jean, le « Triste Sire », est contraint de parlementer. Robin Longstride, digne fils d’un précurseur de la Magna Carta de 1215, met à profit sa position de faiblesse pour obtenir une libéralisation du Régime : si le Monarque consent à signer une Charte garantissant la Liberté et la Propriété de ses sujets, le pays tout entier lui jurera fidélité et l’aidera à repousser les troupes Françaises qui menacent de débarquer en Cornouailles[17].Si un homme n’a même pas le droit de subvenir à ses besoins, s’interroge opportunément le futur Maître de la Forêt de Sherwood, mérite-t-il d’être appelé un homme ?[18] Que le Roi renie ses engagements et il lui en cuira. Nul ne peut et ne doit supporter une loi injuste, sous peine de renoncer à son humanité.

    Thelma et Louise

    Thelma et Louise

    Maximus (Russell Crowe), le vaillant Général de Gladiator, se pénètre peu à peu de ce précepte à la croisée de la subversion et du légalisme. Sa déontologie de bon militaire le rend d’abord insensible aux charmes tumultueux de la rébellion. Le coup d’Etat de Commodus (Joaquin Phoenix) bouleverse néanmoins sa perception du monde. Le nouvel Empereur de Rome s’est ainsi emparé du Trône en assassinant son père, le valeureux Marc Aurèle. Depuis cet acte de haute trahison, le régicide exerce le Pouvoir à la façon d’un tyran. Il règne selon sa seule volonté, par la violence et l’arbitraire. La Plèbe souffre sa dictature en silence. Le pain et les jeux que lui offre le despote ont sur son âme les effets perfides de l’opium : ils calment sa douleur sans en faire disparaître les causes. Maximus a en lui suffisamment de noblesse pour ne pas être dupe de cette médecine des vulgaires. Il sait que l’euphorie n’est qu’un bref printemps avant l’hiver de l’affliction. Il sent que sa Cité, centre de l’univers antique, ne fait que s’enfoncer dans les sables de la Barbarie en organisant de cruelles batailles au cœur du Colisée. Le loyal officier retourne donc son glaive contre son chef. Après le massacre de sa famille par la Garde Prétorienne, il embrasse la terrible profession de gladiateur, devient Roi de l’Arène et défie l’Empereur dans l’enfer du Cirque. L’insurgé perd la vie dans ce combat inégal. Sa courageuse insurrection lui permet cependant de gagner l’essentiel : la mort de l’usurpateur et la certitude que la légalité Républicaine, enfin rétablie, rendra au Peuple la fierté d’être plus qu’un agglomérat d’animaux [19].

    Robin des Bois

    Robin des Bois

    Cette contestation humaniste s’étend à de nombreux films de Ridley Scott. Roger Ferris, l’espion de Mensonges d’Etat, démissionne de la CIA pour ne plus cautionner la bestialité d’une agence qui ne respecte aucune des règles fondatrices de la Civilisation. Balian d’Ibelin (Orlando Bloom), le preux chevalier de Kingdom of Heaven, lutte contre les autorités spirituelles et temporelles qui ont trahi les idéaux rationalistes et pacificateurs du défunt Roi Baudouin. Il prend les armes pour évincer les fanatiques qui menacent de faire des lieux saints une théocratie apocalyptique. Quelles que soient les œuvres dans lesquelles ils se développent, ces mouvements de colère et de refus convergent tous en un seul et même point. Ils résolvent le problème apparemment insoluble qu’ont posé Thelma Dickinson et Louise Sawyer en se dressant contre les phallocrates du Sud des Etats-Unis : il est permis de violer les règles de ceux qui ont violé la Règle commune ; s’il n’y a pas d’Humanité sans Loi, il ne saurait y avoir de Loi sans humanité . Ridley Scott échappe ainsi aux foudres du Tribunal de la Contradiction. La Révolution qu’il appelle ça et là de ses vœux n’est pas synonyme de sédition. Elle ne constitue qu’un retour aux principes originels de la Société[20]. Conséquence de la dualité intrinsèque de la Norme, elle n’est par ailleurs qu’une phase transitoire entre l’Injuste et le Juste, le Chaos et l’Harmonie retrouvée. John Locke le certifie sur la foi de ses longues et puissantes méditations : dissoudre le Gouvernement et l’Union civils ne peut être une solution durable, l’état de Nature étant voué à la déliquescence[21]. Le destin tragique de Thelma et Louise en administre la preuve. Les fugitives découvrent certes un bonheur insoupçonné dans la Transgression. Néanmoins, leur folle équipée les conduit rapidement dans une impasse. Traquées par une Police omnipotente, elles ne peuvent raisonnablement vivre de vols et de coups d’éclat contre les sexistes qui ont l’infortune de croiser leur chemin. La seule issue que leur offre leur choix existentiel est un saut, suicidaire et tristement symbolique, dans l’abîme du Grand Canyon. Hors la Loi, semblent nous crier les deux Bonnie sans Clyde en tombant dans le vide, l’Humanité n’a point de salut.

    Cette chute vertigineuse a le visage inquiétant d’une mise en garde. Elle montre en effet la pente destructrice d’un monde post-moderne tenté par le démon de la déréglementation. Le funeste penchant était déjà dénoncé à l’arrière-plan d’Alien, portrait effrayant d’un navire de commerce poussé au naufrage par un affréteur plus soucieux du profit que de la légalité[22]. C’est toutefois avec American Gangster, fresque dont l’action se déroule dans le New York permissif de l’après 1968, que la critique passe de l’implicite à l’explicite. Comment le sulfureux Frank Lucas parvient-il à édifier son Empire criminel ? Encouragé par le dédain de l’Etat et par le relâchement des mœurs qui gagnent l’Occident de la Guerre Froide, il substitue la sauvagerie de la Concurrence et de l’Argent aux lois protectrices de la Civilisation. Le malfaiteur ne recule devant aucune audace. Pour faire main basse sur le marché de la drogue, il ose casser les prix de la cocaïne en supprimant les intermédiaires qui séparent traditionnellement le fournisseur du revendeur. Il élimine, économiquement d’abord et physiquement ensuite, tous ceux qui font ombrage à ses grandes ambitions. Son vœu le plus cher est de faire oublier son passé d’enfant pauvre et de jouir, sans entrave, des mille et un plaisirs que lui procure son commerce frauduleux[23]. Entre ses griffes de prédateur insatiable, le Rêve Américain se réduit au lucre et au stupre. Le plus célèbre trafiquant de Harlem apparaît en cela comme le digne représentant d’une génération désorientée qui, au nom d’un individualisme perverti en égoïsme, a livré la Société au Chaos. Il incarne le triomphe d’une politique dont Ridley Scott, citoyen Britannique, a pu observer les déviances dans sa jeunesse : l’ultralibéralisme Thatchérien.

    Prometheus

    Prometheus

    Précisons qu’aux yeux de l’auteur de Legend, cet attrait pour l’Anomie transcende les frontières exiguës de la Sociologie et du jeu partisan. Il s’inscrit dans une tendance historique de fond, que les tenants du Scientisme pourraient formuler en ces termes : fort de son savoir en constante progression, l’Homme sera un jour en mesure de dépasser toutes les limites de sa condition. Ce voyageur en route pour la divinité, clone de Nemrod résolu à tutoyer le Ciel en brisant les normes terrestres, est au centre de l’édifiantPrometheus[24]. Le film est un lumineux prélude à l’obscur Alien[25]. Son héroïne, le Professeur Elizabeth Shaw (Noomi Rapace), est convaincue que des êtres venus d’ailleurs sont à l’origine de la Vie sur notre planète. La scientifique s’embarque donc sur un vaisseau à destination du satellite de quelque lointain soleil. Là-bas, pense-t-elle, une colonie de nos célestes géniteurs a élu domicile. L’expédition découvre effectivement les vestiges d’une nation extraterrestre. Ses membres, cependant, ont tous été tués par un mystérieux fléau. Seul l’un d’entre eux a survécu, à l’abri d’un sarcophage cryogénique. Elizabeth Shaw et ses compagnons sont au comble de l’exaltation. Leur quête homérique touche à sa fin. Qui est néanmoins le dieu qu’ils ont ressuscité grâce à leur génie d’explorateurs infatigables ? Il n’est en vérité qu’une créature diabolique. Avec ses congénères, il avait planifié l’invasion de notre monde et l’extermination de tous ses habitants par un monstre invulnérable. Si son affreux alien ne s’était retourné contre lui, son ignoble projet aurait été réalisé. La morale de cette chronique d’une déception annoncée est cinglante. Aussi sûrement que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », l’Intelligence sans limite ne conduit qu’à la Barbarie. Les Scientistes, les chimères du Cinéma d’anticipation et Prométhée, le Titan qui rêvait de brûler les règles Olympiennes à la flamme de la Connaissance, sont jetés à la fosse commune des vaniteux avec les truands qui ont marqué notre imaginaire enfantin. Ridley Scott le proclame en brandissant le sceptre de la Raison, de la Morale, de la Nature et du Sacré, il n’est ni grandeur, ni espérance dans le refus de la Norme. Que chacun s’en persuade une fois pour toutes, un être ne peut se dire humain qu’au nom de la Loi.



    [1] Entre mille exemples, il suffit de consulter la rubrique « Noms propres » du Robert 1996 pour constater cette différence de traitement des plus révélatrices.

    [2] L’histoire est inspirée d’une nouvelle écrite par l’une des figures de proue de la Science-Fiction : Philip K. Dick.

    [3] Le film rejoint ici la pensée de Jean-Jacques Rousseau : la perfectibilité est l’un des critères de l’Humanité.

    [4] A telle enseigne que Deekard s’éprend de Rachel (Sean Young), une Répliquante de la Tyrrell Corporation qu’il était censé liquider.

    [5] Le film, lumineuse adaptation d’une nouvelle de Joseph Conrad, évoque ainsi une célèbre toile sur laquelle deux guerriers de l’Antiquité continuent à se battre alors même que leur lutte insensée les a fait s’embourber jusqu’à la taille.

    [6] Hoffman et Ferris vont notamment jusqu’à créer une fausse organisation terroriste pour attirer Al-Saleem dans un piège.

    [7] S’aliéner, au sens strict du terme, c’est devenir étranger à soi-même.

    [8] Scott va d’ailleurs jusqu’au bout de cette terrible métaphore en ce sens que l’alien, non content d’avoir une silhouette similaire à la nôtre, use du corps humains pour incuber ses œufs maudits.

    [9] Sur ce sujet, on se référera utilement à la remarquable introduction de Simone Goyard-Fabre au second Traité du gouvernement civil, Paris, GF – Flammarion, 1992.

    [10] Cette règle de conduite coïncide, de fait, avec la Loi en vigueur sous la Restauration : en échange de la grâce dont il bénéficie, Féraud devra s’abstenir de tout duel avec d’Hubert ; il vivra tel un mort, discret et inoffensif…

    [11] A l’appui de cette dynamique ascensionnelle, l’action se déroule à Los Angeles, la « Cité des Anges ».

    [12] L’objection est si pertinente que La Boétie enseignait ceci dans son manifeste intitulé Contr’un : « Il n’est de servitude que volontaire ».

    [13] Le fait que le film soit un « road-movie » accentue naturellement cette sensation de liberté.

    [14] En l’occurrence, la Propriété des choses et la Propriété de soi-même, c’est-à-dire, de sa vie.

    [15] Pour approfondir l’étude de ce droit de résistance, voir John Locke, second Traité du gouvernement civil, op.cit, chapitre XIX, De la dissolution des gouvernements, pp. 301 et s.

    [16] Entre autres outrances, on citera les effets visuels indûment appuyés, les anachronismes verbaux et comportementaux ou dans une vaine tristement similaire, des scènes de guerre modernisées jusqu’à l’absurde qui nous renvoient plus volontiers au Soldat Ryan de Steven Spielberg qu’au mythe de Robin des Bois

    [17] Débarquement qui, s’il sert indéniablement le propos du film, n’en demeure pas moins fantaisiste au regard de la vérité historique.

    [18] Cette phrase fait écho à une célèbre maxime de Jean-Jacques Rousseau : « Un peuple qui promet d’obéir perd sa qualité de Peuple ».

    [19] La nature civilisatrice et humanisante de cette lutte est tout entière dans la stratégie militaire que Maximus applique dans l’arène. Avec ses amis gladiateurs, le Général déchu se bat ainsi selon les méthodes rationnelles des légions Romaines. Il oppose les lois de la Guerre à la fureur aveugle des brutes sanguinaires qu’il affronte.

    [20] Revenir au point de départ, tel est le sens premier du mot « révolution ».

    [21] Rappelons que cette dégradation programmée est le fruit de l’appât du gain et de la précarité juridique qui résulte de l’absence de Droit positif.

    [22] Fait révélateur, les membres du Nostromo ne cessent de s’inquiéter des droits que leur accorde leur contrat. Ils semblent pressentir que cette convention n’aura pas force de loi et les privera de recours. A cet égard, on notera que le seul personnage qui collabore avec l’affréteur indigne est Ash, médecin de bord qui s’avère être un androïde. Ridley Scott nous fait ainsi un clin d’œil philosophique : celui qui se défie des règles ne saurait être humain.

    [23] Au même titre que le slogan « Il est interdit d’interdire », « Jouir sans entrave » fut le mot d’ordre du mouvement Soixante-huitard.

    [24] Rappelons que Nemrod est le Roi blasphémateur qui, dans l’Ancien Testament, fait ériger la Tour de Babel pour s’approcher de Dieu.

    [25] Dans le jargon cinématographique anglo-saxon, pareil ouvrage est nommé « prequel ».

    Date de création:2013-03-15 | Date de modification:2015-03-09
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